BULLETIN NUMERO 6 RESEAU VILLE-HÔPITAL DE CORSE-DU-SUD JANVIER 1998
INSEME
IMPERATIF :
dépister pour traiter


COMITE DE LECTURE :
Anne GALEANI - Michèle ARMANI - Dorothée PUDDA - Agnès PEPIN - Arnaud BOUGOIN -
J.François ABINO - Daniel NICOLAS - J.François PIETRI -
|
E |
n dix ans, le pronostic de l’ affection à VIH s’est profondèment transformé. L’espérance
de vie au stade SIDA est passée de quelques mois à une durée non définie sous
trithérapie. Ce résultat, nous le devons
aux efforts considérables
consentis par la recherche
médicale et ses applications cliniques et thérapeutiques. Ce travail, il faut
le rappeler a été accéléré sous la pression des associations de lutte contre le
SIDA.
Cet acquis spectaculaire sur une maladie ressentie
comme terrifiante à l’époque explique aujourd’hui que les traitements antirétroviraux monopolisent l’information sur le SIDA dans
les médias, y compris médicaux.
Il conviendrait pourtant et malgré l’euphorie
ambiante de regarder de plus prêt les aspects plus cachées de l’évolution de
cette épidémie et ses implications :
- Ce que l’on a encore du mal à regarder en face : 95 % du SIDA mondial est dans le tiers-monde et notamment en Afrique
où l’acmée de l’épidémie est à veni.
- Ce dont les mérites sont insuffisamment reconnus : la stabilisation de l’épidémie des pays occidentaux est essentiellement
l’oeuvre du travail de prévention.
Ce précieux travail de prévention ne semblant pas plus exportable
d’occident que les très onéreux antirétroviraux...
- Ces conséquences de l’efficacité des trithérapies qui posent problèmes : un risque de relâchement de
l’effort de prévention, une confusion entre « indétec-table » et
non-transmetteur, une surindication thérapeutique pour des risques peu ou mal
identifiables ( il n’y a pas de critères incontestables ni d’indication dans
les AMM des antirétroviraux, et pourtant depuis juillet 97 une circulaire
ministérielle bien embarrassante... ),
une resocialisation inespérée et impréparée pour les malades
en arrêt de travail
depuis de très longues périodes, et enfin des difficultés quotidiennes
d’observance médicamenteuse.
- Ce qui change
le visage de cette maladie:l’efficacité thérapeutique
fait que le dépistage ne sera plus un acte de fatalité. L’amélioration pronostique du SIDA retentit sur le dépistage en le favorisant. Les traitements précoces
( Primo-infection) et ultra-précoces
( Traitement immédiat aprés un risque de transmission ) ne sont plus les repères péjoratifs que représentait
l’initiation antirétrovirale il y a encore peu d’années.
- La recherche
vaccinale bien en retrait médiatique malgré le récent et très médiatique essai
Franco-Américain et le défi lancé par le Président Clinton pour les dix
prochaines années. Le vaccin reste l’espoir principal pour enrayer l’épidémie
des pays du tiers-monde, mais sera-t-il dans leurs moyens ?. Le vaccin, lui, ne
pourra se passer des grandes cohortes à risque du tiers-monde pour valider ses
essais.
L’épidémie de SIDA est donc en train de se
transformer et sa perception par la collectivité doit être sans cesse éclairée
afin que soit utilisé au plus juste l’ensemble des outils de lutte. L’évolution
épidémiologique nationale renforce
encore l’idée que le travail de prévention et de dépistage doit être poursuivi et qu’il restera efficace au prix d’une
adaptation et d’une anticipation par rapport aux changements en cours. Un
effort de clarification doit être fait sur les liens entre prévention,
dépistage, diagnostic précoce, primo-infection et traitements antirétroviraux précoces.
Sur les 1372 cas documentés d’entrée dans le SIDA au
premier semestre 97, 69% n’avaient
pas bénéficié d’une
prise en charge thérapeutique
et 41% n’avaient pas été dépistés. Il y a en 1997 110 000 porteurs du VIH en
France, seulement 70 000 à 80 000 sont suivis ou dépistés ( BEH 37/38). Des
chiffres à méditer, et qui en disent long sur le travail qui reste à faire
pour vaincre les résistances à la
prévention et au dépistage. Une fàçon de plus de montrer que le SIDA ne doit
pas être trop vite banalisé. Nous n’en sommes pas encore à l’aprés-SIDA, mais
tout juste à un autre SIDA, celui de l’hécatombe dans le
tiers monde et celui d’une maîtrise thérapeutique grandissante en occident.
Dans tous les cas l’information est et restera au centre de la prévention.
Encore nous faut-il maîtriser l’information...
Dr J.F.PIETRI
Selon le
dernier rapport ONUSIDA (quotidien du
Médecin N° 6174 Nov 1997) le nombre
estimé de personnes vivant avec le VIH dans le monde est de 30 millions. On
compte aujourd’hui 16000 contaminations nouvelles par jour, et à ce rythme cela fera 40 millions de
séropositifs en l’an 2000.
|
La pauvreté apparait
com-me le facteur le plus déterminant dans l’évolution de la pandémie. L’autre facteur qui ne cesse de se confirmer année aprés année est celui de l’influence culturelle et idéologique médiée par la politique : le déni, le rejet de vecteurs épidémiologiques tels le sexe ou la toxicomanie avec la logique institutionnelle qui en découle. |
La progression de l’inci-dence mondiale 97 semble
plus importante que prévu : d’une part parce que l’épidémie évolue plus vite,
d’autre part parce que l’estimation est plus performante que par le passé et
que la réalité de l’épidémie en Afrique sub-saharienne, en Asie et en Europe de
l’Est est enfin dévoilée.
Plus que jamais tout oppose l’épidémie du
tiers-monde à celle des pays ocidentaux :
- Le nombre de personnes infectées par le VIH : 95%
vivent dans le tiers-monde.
- La croissance de l’incidence annuelle dans les
pays en voie de développement et une stabilisation avec pente décroissante en
Occident depuis 1994.
- La capacité économique et technique à faire
face ( dérisoire dans le tiers-monde).
Sur les 3,8 millions d’enfants atteints, 2,7
millions sont déjà morts. 8 millions
d’enfants de moins de 15 ans ont perdu leur mère. Ce
chiffre va doubler d’ici l’an 2000.
L’Afrique
sub-saharienne
supporte à elle seule les 2/3 des séropositifs de la planète. 7,4 %
des personnes de la tranche d’àge 15 - 49 ans
y sont atteintes. Les trois épicentres épidémiques Africains partagent
le même déterminant : le déplacement forcé de population.
L’Inde avec 3 à 5 millions de
séropositifs est le pays le plus touché au monde.
Asie du
Sud-Est :
progression importante au Cambodge, au Vietnam, au Myanmar. Diminution en
Thaïlande.
Pays de l’Est
: La Russie est en train de payer chèrement
son absence d’anticipation vis à vis de l’épidémie. Une prévention très
insuffisante et trop tardive associée à un fort développement de la
toxicomanie y explique l’explosion du
SIDA. Les
« sous-déclarations » officielles
montraient : 1062 cas début 96,
2081 cas fin 96, 3327 cas en mars 97 et 5000 en
juillet 97...
|
LE SIDA EN EUROPE |
Le SIDA est en
baisse en Europe depuis l994, à
l’exception de la Grèce et du Portugal. Son incidence est plus faible dans le
centre et l’Est de l’Europe où l’épidémie est plus récente.
IL existe une
relation inverse entre la réduction des risques et la croissance épidémique du
SIDA, une vérité difficilement trans-missible...
·
Nombre
cumulé de cas de SIDA : 106 252 dont 7319 cas pédiatriques. L’Espagne est en
tête des pays Européens avec 46 605
cas, suivie de la France avec 46 032 cas
et de l’Italie avec 39 373
cas.
·
La
répartition en fonction des groupes d’exposition montre toujours une
prédominance des usagers de drogues (43 %), les homo-bisexuels représentant 26
% et les hétérosexuels 21 %.
·
L’évolution
de la baisse est plus importante chez les homo-bisexuels (- 9% en 95, - 20% en
96 et - 37% au 1er semestre 1997), que chez les toxicomanes ( - 3% en 95, - 9%
en 96 et - 26% au 1er semestre 97 ). La baisse pour les héterosexuels est
moindre (- 22 % au 1er semestre 97 ).
·
A
noter que 58% des cas pédiatriques ont été déclarés par la seule Roumanie à la
suite d’une épidémie nosocomiale reconnue en 1989.
(Centre
européen pour la surveillance épidémiologique - centre collaborateur OMS-UE sur
le SIDA)
Au 30 Juin 1997, 32 266 cas cumulés de SIDA ont été
diagnostiqués chez les femmes en Europe, soit 16 % de l’ensemble des cas
cumulés. Environ 50% des femmes ont été contaminées par injection de drogue et
40% par voie hétérosexuelle.
Au cours des
dix dernières années, la proportion de femmes touchées par le SIDA a doublé, en
passant de 11% en 1986 à 21% en 1996.
En Europe, trois pays ( La France,l’Italie et
l’Espagne) regroupent les ¾ de tous les cas de SIDA diagnostiqués chez les
femmes (CESES
: Centre Européen pour la surveillance épidémiologique du SIDA Dr Françoise Hamers. Quotidien du Médecin N°
6168 19 nov 1997)
Les données
tirées de la surveillance nationale du SIDA montraient pour 1996, une accélération
nette de la baisse des cas de SIDA, associée à une baisse importante de
la mortalité.
(BEH
N°11/1997)
Au premier semestre 97, la baisse rapide des cas
diagnostiqués chez les toxicomanes et les hétérosexuels non toxicomanes se
maintient et contraste avec un net ralentissement de la baisse observée pour
les cas diagnostiqués chez les
homosexuels masculins.
SITUATION AU 30 juin 1997: - nombre de cas
de SIDA déclarés depuis
début de l’épidémie : 46 032 dont 62,3 % sont décédés.
- nombre de cas de SIDA estimés depuis le début de
l’épidémie : 52 000 à 56 500.
- nombre de personnes vivantes atteintes de SIDA :
19 000 à 20 500.
- nombre de nouveaux cas de SIDA déclarés dans le
1er semestre 97 : 1600.
En 1997, en
France le nombre de porteurs du VIH est estimé à 110 000. Seuls 70 000 à 80 000
sont suivis ou dépistés.
Evolution
depuis 1995
·
Evolution globale :
La diminution du nombre de cas de SIDA, amorcée
durant l’année 1995, et qui avait été
brutale au second semestre de 1996
(moins 29% entre les 2 semestres de 1996 ) se poursuit au premier
semestre 1997, mais à un taux plus faible ( moins 17 % ) par rapport au
semestre précédent.
La diminution la plus spectaculaire concerne les
décés par SIDA, dont le nombre a diminué de 34 % entre les 2 semestres 1996 et
de 40 % entre le second semestre 1996 et le premier semestre de 1997.
·
Evolution selon les groupes d’exposition
La
diminution comparable dans les 3 groupes jusqu’au 2ème semestre 96 est ensuite
devenue variable :
- la diminution la plus forte est observée chez les
usagers de drogues injectables : moins 36% entre les 2 semestres de 96 et moins 31% entre le 2ème semestre 96 et
le 1er de 97.
- pour les même périodes, elle passe de moins 32% à
moins 4% dans le groupe homosexuels/bisexuels.
- elle reste stable à moins 21% dans le groupe
hétérosexuel.
·
Evolution des pathologies inaugurales :
-
Toxoplasmose cérébrale et pneumocystose pulmonaire qui avaient diminué entre 90
et 95 augmentent.
- L’infection à CMV a suivi
une évolution inverse, fortement à partir du second semestre 96.
69 % des
patients ayant développé un SIDA au cours du 1er semestre 97 n’avaient pas
bénéficié d’une prise en charge thérapeutique de leur séropositivité (
notamment de traitements prophylactiques ), pour beaucoup en raison d’une absence
de dépistage (41%).
(BEH N° 37-38/1997)
LE SIDA EN
CORSE
En 1997 on
note 7 nouveaux cas de SIDA déclarés en Corse : 3 cas en Corse-du-Sud et 4 cas
en Haute-Corse.
L’incidence cumulée de SIDA depuis le début de
l’épidémie est de 224 cas : soit 129 en haute Corse et 95 en Corse-du-sud.
L’incidence annuelle reste stable : 12 cas.
Répartition selon les comportements à risques :
- Toxicomanie : 3 cas sur 7
- Homosexualité : 1 cas sur 7
- Hétérosexualité : 1 cas sur 7
- Origine inconnue : 2 cas
Depuis le début de l’épidémie 7 cas pédiatriques de
SIDA sont recencés en Corse. 4 sont décédés.
La courbe
épidémiologique du SIDA en Corse évolue paralèllement à celle de la France et des pays occidentaux : un plateau avec décroissance depuis 1994. Il faut noter
dans cette évolution la part qui revient aux thérapies antirétrovirales qui
retardent la survenue du stade SIDA et la part du travail de prévention de
terrain.( Sources : BEH
37/38.septembre 1997
- DRASS Corse)
|
M |
algré toutes les difficultés qui s’y opposent le vaccin demeure le principal espoir
d’éradiquer un jour le VIH de la surface de la terre. La recherche vaccinale
anti-VIH peut se résumer à deux objectifs et de nombreuses difficultés liées à
l’insuffisance actuelle de connaissances scientifiques. Le savoir-faire
traditionnel en matière de vaccin n’est pas transposable au VIH parce que ce
virus n’induit pas d’immunité naturelle efficace. L’exception des prostituées
africaines, d’un effet protecteur du VIH 2 contre le VIH 1 et de quelques
enfants infectés par leur mère qui ont réussi à se débarasser du virus jette un
doute encourageant. Une communication récente ( Mario Clerici ) au colloque des
Cent Gardes montre parmi les couples sérodiscordants l’existence d’une certaine
réponse immune compartimentée muqueuse et systémique. La recherche vaccinale
n’est donc certainement pas vaine.
Les deux objectifs de la vaccination
Il s’agit
premièrement d’induire une immunité humorale (Anticorps neutralisants )
contre les isolats sauvages de VIH, deuxièmement d’obtenir une immunité
cellulaire suffisamment forte et durable.
Les principaux obstacles à la mise au point de ce vaccin
- 1 L’absence de modèle animal : le succès d’immunisation
du macaque par une souche de SIV atténué n’est pas transposable à l’homme et
pose des problèmes éthiques d’expérimentation
et de dangerosité non évaluable.
- 2 Les succès partiels d’immunisation chez
l’homme et chez le chimpanzé ont été
obtenus à partir de souches de laboratoire. Les anticorps produits dans ces
expériences sont incapables de neutraliser les isolats sauvages de VIH ou de SIV.
- 3 Les rétrovirus sont doués d’une extrême
variabilité génique et les neutralisations observées tant chez l’homme que chez le singe
ne l’ont été que vis à vis de la souche qui a servi à la fabrication du vaccin.
La réaction immune cellulaire induite par les vaccins vivants atténués ( CTL ou
lymphocytes cyto-toxiques) a été mise en évidence pour 40% des candidats
vaccins et sur la moitié des sujets testés. Elle élargit le spectre
d’action au delà des souches de laboratoire sans pouvoir prétendre à elle seule
contrôler une infection.
- 4 L’induction d’anticorps neutralisants est
limitée dans le temps. Ceux qui persistent le plus longtemps (2 ans chez l’homme ) ne sont
pas les plus efficaces (dans l’expérience animale).
- 5 Le mode majoritaire de transmission du VIH
dans le monde est sexuel. Cela suggère la nécessité de rechercher une immunité mucosale
importante, domaine encore peu exploré tant chez l’animal que chez
l’homme.
- 6 Le modèle d’immunisation (et de protection)
induite chez le chimpanzé par des protéines du VIH ( gp 120 et 160) n’est pas bien élucidé et ne
permet pas de guider les expériences chez l’homme.
Principes essentiels des approches vaccinales actuelles
et futures
A la lumière des résultats partiels des candidats
vaccins testés jusqu’à présent chez
l’homme et le singe, les efforts actuels et futurs
se portent sur l’obtention d’une immunogénicité plus puissante, de spectre plus large et de nature globale ( immunité
humorale, cellullaire, incluant
une protec-
tion muqueuse ). Le coût et la facilité de
fabrication seront obligatoirement pris en compte dans le choix d’une
vaccination à grande échelle.
La recherche vaccinale a commencé par expérimenter
des préparations vaccinales à base de protéines recombinantes ( gp 120, gp 160, core, gag, nef...) avec des
résultats décevants : réaction immune humorale de brève durée, immunité cellulaire peu importante et
étroitement liée à une souche virale précise. L’utilisation de peptides
synthétiques ( V3, P24 ) ne s’est pas révélée plus efficace.
La génération suivante de vaccins s’est efforcée de
trouver des vecteurs vivants plus incisifs :
poxvirus ( Canarypox porteur de gp 160 ou de gp 120 ) : cette fois c’est
l’immunité cellulaire qui
s’est trou-vée stimulée. Des virus recombinants complexes (
canarypox porteur de gp 120 +160 et
d’autres épitopes ) n’ont pas donné les résultats escomptés notamment en raison
de leur complexité et de la fragilité des vaccins ainsi constitués.
Les expérimentations actuelles portent sur des
vecteurs capables d’induire une immunité globale et d’être administrables par voie
muqueuse : Adénovirus, cochléates, par
d’autres voies : pseudo-virions ( capside de VIH vidée de son génome) très
immunogènes, lipopeptides très complexes ( associant des peptides de V 3,
gag, nef ) élargissant la réponse
immunitaire et enfin l’ADN nu
( sur vecteur cochléate) dont l’exemple vaccinal du macaque est riche
d’espoir ( obtention d’une protection immune vis à vis d’une inoculation de SHIV intraveineuse ou génitale ).
CI-DESSOUS UN RESUME DES EXPERIENCES VACCINALES
ACTUELLES ET FUTURES SELON UN DOCUMENT DU DR. D. SALMON-CERON.
|
APPROCHES VACCINALES À BASE DE PROTÉINES OU DE PEPTIDES |
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|
Vaccin protéique |
Avantages. |
Limites |
|
Protéines recombinantes Enveloppe gp120 Enveloppe gp16O Core, gag, nef...
|
- AC neutralisants + + + - Bonne tolérance |
- Durée brève de l’immunité - Peu d’immunité cellulaire Réponse
étroite isolat spécifiq. Coût
élevé |
|
Peptides
synthétiques V3,P24 + adjuvant puissant |
- Peu coûteux - Utile en rappel |
-
Réponse isolat spécifique -
Peu immunogène |
|
APPROCHES VACCINALES ACTUELLES A BASE DE VIRUS RECOMBINANTS |
||
|
Types de vaccin |
Avantages |
Limites |
|
Vaccin
vivant recombinant Poxvirus canarypox gp 160 canarypox gp 120 +gag protéase |
Immunogénicité cellulaire
+++ |
-
Fragilité -
Risque de vaccine si immu- nodéprimé -
Peu d’anticorps |
|
Vaccins
combinés Poxvirus recombinant + protéine
d’env gp 120,160 |
Immunogénicité humorale et cellulaire. AC
neutralisants. |
-
Complexité -
Pas d’immunité cellulaire -
Plusieurs injections |
|
APPROCHES FUTURES |
||
|
Types de vaccin |
Avantages |
Limites |
|
Nouveaux vecteurs vivants Adénovirus,
BCG, Salmonell |
- Immunisation voie muqueuse - Immunité hum. et cell. |
Complexité |
|
gp 120 et 160
tétramériques |
-
meilleure immunogénicité |
pas d’immunité cellulaire |
|
Lipopeptides V3 nef,
gag... |
-
Induction de CTL -
Elargissement des réponses HLA |
Induction d’AC neutralisants ? |
|
Pseudo-virion |
meilleure immunogénicité |
Complexité |
|
ADN nu (env) |
protection exp. du macaque |
Mécanisme inexpliqué |
Les conditions impératives de réalisation
d’essais humains de phase 3
La validation de tels essais nécessite
l’expérimentation de candidats vaccins sur de très grandes cohortes de sujets
exposés au risque, c’est à dire dans le tiers-monde. Cela suppose également, en
l’absence de certitudes de ne pas dissuader ces populations d’utiliser les
autres protections reconnues comme efficaces jusqu’à ce jour. Sans cela, ce
type d’essais serait inacceptable sur le plan éthique.
Selon le Pr. Jean Paul Lévy six critères devraient être imposés pour les
essais de phase 3 :
- 1 Les
réactions induites doivent être puissantes et obtenues dans la majeure partie
de la population testée.
- 2 L’immunité
doit être durable.
- 3 Le
spectre d’immunisation doit être suffisamment large pour s ’adapter à l’infinité des variants viraux du VIH.
- 4 Le choix des souches virales servant à la
fabrication du vaccin devra pouvoir s’adapter aux souches prévalentes de la
zone géographique où le vaccin sera utilisé.
- 5 Le procédé de fabrication devra être
suffisamment simple pour être diffusé à grande échelle.
- 6 Le candidat vaccin devra avoir fait la
preuve de son absence de réaction de facilitation de l’infection à VIH ( effet paradoxal observé avec les
rétrovirus et plus particulièrement avec les vaccins constitués de protéines
extraites et non du virus lui-même ).
Au début de l’épidémie, l’espoir de vaincre le VIH
était autant fondé sur la mise au point d’un vaccin que d’un traitement. Au
point où nous en sommes, le constat est que la recherche vaccinale piétine
encore entre des essais de phase 1 et 2. Il convient de dire que cette
recherche n’a pas bénéficié comme les antirétroviraux de la pression des
associations de lutte contre le SIDA. Ces associations sont essentiellement
occidentales alors que l’arme vaccinale
représente davantage l’espoir des pays du tiers-monde. Par ailleurs le budget
consacré aux vaccins est dérisoire par rapport à l’ensemble des moyens mis en
jeu ( 10% aux USA ).
Quoi qu’il en soit les thérapeutiques
antirétrovirales ont atteint des résultats certains dans le moyen terme en
occident, mais pour combien de temps ?. L’espoir d’éradication du VIH sur la
planète passera forcement par le vaccin, mais il faudra certainement attendre
encore longtemps. Le défi lancé par Bill Clinton à l’Amérique de trouver une
solution vaccinale dans les dix ans qui viennent n’est qu’un voeu politique.
Les chercheurs sont déjà au pied du mur. Les encouragements et les moyens
bubgétaires supplémentaires sont biens
venus, mais cela suffira t-il?. L’industrie semble déjà désengagée d’une
entreprise qu’elle juge scientifiquement difficile et économiquement risquée.
L’essai international de phase 2
Pasteur-Mérieux-Connaught sur 420 volontaires américains lancé depuis juin 97 a
fait un grand bruit médiatique. Il ne s’agit en fait que d’un élargissement
d’échelle d’essais déjà tentés par ailleurs, on ne peut donc en attendre un
événement scientifique. Accélérer une phase 2 pour passer à une phase 3 sans
combler les méconnaissances scientifiques actuelles est un jeu hasardeux.
C’est cette voie que la société
californienne Vaxgen semble pourtant avoir choisie. L’épidémie de SIDA a été
bien assez révélatrice de dysfonctionnements sanitaires pour que nous oublions
déjà la leçon. Mais le tiers-monde attend et espère la mise au point d’un
vaccin et en raison de l’urgence et de la gravité de sa situation épidémiologique,
il se contenterait d’un vaccin partiellement actif n
Dr J.F. PIETRI
Références
bibliographiques :
- Supplement Spécial vaccins du Journal du
SIDA N°97/98 Sept.1997
- Colloque des
Cent Gardes 97.Le Quotidien du Médecin N° 6156. Oct. 1997
- SIDA:huit
questions soulevées par la recherche d’un vaccin. Quotidien du Médecin N°
5882.Juin 1996.(article de « Science » vol. 272.
- K.Travers et
al. « Natural
protection against HIV1 infection provided by HIV2 », Science, 1995,vol.
268, P. 1234 1612-1615.
- Essai de
phase 3 Vaxgen : Le Quotidien du Médecin N° 6200. 14 Janv. 1998.
|
PROPOS ANTI-PREVENTIFS, à l’usage des préventeurs... Ces propos du temps présent du SIDA ont été relevés par Serge Héfez et
publiés dans le Journal du SIDA de Novembre 1997. Ils méritaient d’être
écoutés et même réécoutés et entendus. C’est pourquoi nous en faisons l’échos
dans ce bulletin consacré à la prévention. Jean, 42 ans, scandalisé : « Je vous jure, ils ont été au
moins trois de suite à vouloir se faire sauter sans capote... Si j’avais le
malheur de la propose, j’avais l’impression de tomber comme un cheveu sur la
soupe, d’être le mec complètement incongru, de les faire chier, quoi... Il y
a seulement six mois, c’était celui qui ne sortait pas la capote qui avait
l’air anormal... » Marie, 51 ans, effondrée : « Docteur, je n’y comprend plus
rien... Le SIDA, on le guérit ou pas ? Ma fille m’a pratiquement traitée de
demeurée hier quand je lui ai demandé si elle mettait des préservatifs avec
le petit ami qu’elle a rencontré la semaine dernière : } Ma pauvre, tu
débarques, le SIDA, c’est terminé. des capotes, plus personne n’en met ! ~... » Fabien, 28 ans, en demande
d’absolution : « J’oublie de plus
en plus souvent... Hier soir encore, je n’ai pas pu...Et puis merde, après
tou, maintenant, il y a des traitements,
non ?.. » Anaîs, 34 ans dubitative :
« Pour les seringues, je dis pas... Mais pour le reste, vraiment,
même Max il en a marre de se protéger, et puis on voudrait tellement un
enfant maintenant que mes T4 sont remontés...Le Dr D... est contre parce que
ma charge virale est encore trop haute, mais Max,lui, il est pressé, alors en
attendant... » |
Une rencontre illustrative
Lorsque ce jeune homme de presque 28 ans, que nous
appellerons Eric, a poussé la porte du Point Ecoute, c’était a priori le hasard
de sa « tournée commerciale » qui l’avait amené jusque-là.
A l’évidence, ce garçon loin d’être naïf, a
longuement « tâté le terrain », pendant environ 1h30, avant d’en
arriver au but réel de sa visite. Eric se confie, il parle beaucoup de ses aventures
sexuelles, il pose beaucoup de questions concernant les risques de contamination
par le VIH pour en arriver à exprimer ses terribles angoisses vécues suite à
plusieurs conduites à risques. La plupart du temps, il a des préservatifs sur
lui, mais il est vrai aussi que ce n’est pas toujours le cas et apparemment il
en va de même pour ses partenaires. Eric me dit qu’il arrive que ce soit la
partenaire du moment qui propose un rapport non protégé et le voilà prisonnier
de son incapacité à refuser : « C’est
comme une pulsion en moi, je ne me contrôle plus, il faut que je le fasse... ».
Il apparaît clairement qu’Eric est complètement inféodé au besoin d’assouvir
ses pulsions sexuelles quelqu’en soit les risques.
Jusqu’à ce moment de son récit, Eric apparaît
toujours sûr de lui, voire assez fier de son succès. Par contre, dés qu’il aborde
« l’après », son attitude change. Il en est à son quatrième test de
dépistage suite à quatre comportements à risques avec quatre partenaires
différentes. Il me décrit l’angoisse immédiate qui naît en lui après le
rapport, l’angoisse interminable durant les trois mois d’attente avant de
pouvoir effectuer un test, l’angoisse du résultat et pour finir la jouissance à
l’annonce de sa séronégativité. Une victoire formidable sur la roulette russe.
Plusieurs conduites à risques, plusieurs tests, plusieurs jouissances, Eric
doit se sentir quelque peu invincible, le virus n’a pas eu prise sur lui...
Face à un cas comme celui-ci, on se dit que
l’information et la prévention ont encore beaucoup de chemin à parcourir. La
prévention de type « matraquage » est-elle encore d’actualité ?
A trop l’utiliser ne risque-t-on pas de ne plus être entendu ? Agnès PEPIN - accueillante au Point
Ecoute Ajaccio.
Quelques conséquences du test
de dépistage
Après un rapport que l’individu estime à risques, le
doute s’installe. Etre contaminé lui semble alors possible et l’image de la
mort devient plus réelle.
Le Moi qui doute voit soudainement l’effondrement de
sa certitude d’exister. Tout peut être remis en question s’il n’est pas rassuré
rapidement. Il lui faut donc trouver de manière urgente la réponse à la
question « Suis-je contaminé ? » qu’il faut entendre à ce
moment comme « Vais-je mourir ? » car c’est bien de la mort dont
il est question pour lui à cet instant.
En dehors du bon impact que l’angoisse ressentie
peut avoir sur l’attitude future de l’individu et du comportement plus responsable
qu’elle peut entraîner en terme de protection, d’autres types de conduites sont
à prévoir.
1) L’annonce
de la séronégativité : une victoire du Moi ?
La satisfaction provoquée par l’annonce d’un
résultat négatif à un test de dépistage peut rapidement se transformer et
devenir une sorte de jubilation du Moi qui trouve dans ce résultat la
confirmation de sa toute-puissance, voire de son immortalité.
Jouir d’avoir
eu peur et d’avoir survécu.
La conduite est vécue après coup comme un défi à la
mort au même titre que d’autres conduites à risques. Le sentiment d’exister est
ensuite d’autant plus fort que le risque était subjectivement grand lors du
rapport sexuel.
A ce propos, il est nécessaire de faire une
parenthèse. Quelle que soit la situation à risques, elle est toujours vécue à
travers la subjectivité de celui qui agit. Par conséquent, que le risque soit
réel ou fantasmé, il a la même importance pour le sujet et doit être considéré
comme ayant le même impact sur l’équilibre du Moi. Ce qui compte pour
l’individu, ce n’est pas la situation réelle mais celle qu’il a pensé vivre
avant, pendant et après le rapport sexuel.
Non seulement le Moi est victorieux mais il se peut
que la toute-puissance ressentie l’amène à continuer à ne pas se protéger. Le
Moi fonctionne dès lors dans une sorte de « pensée magique » où sont
associés le rapport sexuel non protégé et le test qui « conjure le sort
», venant comme éliminer le risque dans l’éventail du possible.
Il se peut en outre que cette conduite se répète.
Véritable paroxysme d’une recherche sur la valeur de l’existence, elle revient
à vivre le fantasme ordalique permettant d’être absout de tout si l’on en sort
vivant. Risquer la mort prend alors figure de symptôme et ne pas se protéger
doit être considéré comme tel.
2) L’annonce
de la séropositivité : une défaite du Moi ?
Le choc consécutif à l’annonce du résultat positif
d’un test de dépistage met le Moi en face d’une évidence qu’il ne peut nier, au moins dans un premier temps :
« je suis mortel ». La mort se présente à lui d’une façon telle qu’il ne
peut s’y soustraire. L’annonce de la séropositivité signe la défaite du Moi.
« La vie
est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort ».
La phrase de Bichat si peu vraisemblable pour le Moi
tant qu’il n’est pas confronté au sentiment de sa vulnérabilité prend alors
toute sa dimension. Mais le constat est pire encore : dans le Sida, cet
« ensemble de fonctions qui résistent » devient progressivement privé
de ses moyens que sont les défenses immunitaires.
Cependant, l’individu n’est pas privé des mécanismes
de défenses psychiques du Moi. Sa tâche,
et ce à quoi il faut alors l’aider, consiste à favoriser leurs
développements tendant à mettre en oeuvre de nouvelles conduites.
3) Le
dépistage précoce
Le passage d’un délai de trois mois puis un mois à
un délai de quelques jours (en pratiquant des tests non plus sur les anticorps
mais sur les antigènes) permet de limiter l’angoisse dans le temps. Elle se
trouve circonscrite de manière telle que le Moi n’a que peu de temps pour élaborer
un travail psychique autour de la conduite à risques.
Dans le cas d’une séronégativité, ce que nous avons
dit auparavant devient plus vrai encore : le dépistage vient immédiatement
après le risque et l’annonce de la séronégativité « l’annule ». S’il
est une victoire indéniable sur le plan scientifique aussi bien qu’humain - la
séropositivité connue pourra engendrer une thérapie dispensée dans les
meilleurs délais -, il risque aussi de provoquer davantage de conduites dans
lesquelles le délai très court entre prise de risques et dépistage s’apparente
au temps nécessaire pour que la magie de l’annulation rétroactive
obsessionnelle puisse opérer.
Et pourtant, un dépistage rapide est non seulement
rassurant mais il permet aussi l’application d’une prophylaxie précoce, peu de
temps après l’éventuel contact avec le virus.
Quelques
conséquences des nouvelles thérapies
Quelle est la place de la prévention alors que les
nouvelles possibilités thérapeutiques (tri-thérapies et thérapies
ultra-précoces) parvenant aux oreilles du grand public, peuvent tendre à
diminuer son importance pour la population générale ?
La prévention interroge les pratiques, questionne
les individus et les bouscule dans leurs certitudes. Elle dérange parce qu’elle
met en cause les rapports à risques et peut ainsi provoquer culpabilité et
angoisse : culpabilité de ne pas protéger l’autre et de le mettre en
péril, angoisse de ne pas se protéger et de se mettre en danger. Le Moi quelque
peu ébranlé cherche alors à répondre à ce questionnement en fonction des moyens
dont il dispose.
Nous ne ferons pas ici l’énumération des mécanismes
de défense que l’on peut rencontrer
dans ces situations
ainsi que les
comportements concomitants d’accep-tation, de rejet, de négation, etc... Les praticiens les
connaissent.
Ce qui nous intéresse ici, c’est plutôt ce que les
avancées scientifiques et techniques maintiennent ou au contraire modifient
dans l’acte de prévention et les armes nouvelles qu’elles offrent aux
réfractaires à toute forme d’information. Aux difficultés anciennes de la
prévention s’ajoutent maintenant les conséquences des dernières prises de position
du pouvoir politique et législatif en matière de dépistage et de soins.
C’est une probabilité envisageable que les personnes
se disent : « A quoi bon prévenir puisque l’on peut
guérir ? ». Mais, si la réalité scientifique et médicale ne se pose
pas encore du tout en ces termes - on ne guérit pas encore du
SIDA -, il est à pré-
voir une incidence néfaste de tels espoirs sur la
réceptivité à la prévention.
Attachons nous à définir une nouvelle fois les
grands objectifs de la prévention afin de pouvoir comprendre ce qui la rend encore
nécessaire.
·
L’information sur les modes
de transmission du V.I.H. et sur ses conséquences. Les rapports sexuels sont
toujours des vecteurs importants de transmission du V.I.H. et on aurait tort de
considérer l’utilisation du préservatif comme acquise.
·
L’incitation à une réduction
des risques en général et à des comportements sexuels à moindres risques en
particulier. Il
persiste un écart entre les connaissances devant permettre à chacun de se
comporter de façon à se préserver et les comportements effectivement constatés.
Toutes les études, notamment les enquêtes régulières sur les connaissances, les
attitudes, les croyances et les pratiques révélent que l’adoption effective de
comportements individuels de protection est liée essentiellement à la perception du risque et au vécu sexuel, alors que les connaissances
théoriques des modes de transmission n’ont pas de rôle direct. Un éventuel lien
de cause à effet entre connaissances et comportements reste étrangement énigmatique.
Par conséquent, faire passer l’information au mieux en adaptant ses contenus
pour être plus efficace ne suffit pas. Il faut reconsidérer et tenir compte des
perceptions subjectives relatives aux risques.
Par solidarité
à l’égard des personnes séropositives au V.I.H. ou atteintes du SIDA, il faut notamment
s’efforcer de substituer la notion de comportements a risques à celle de
groupes à risques ce qui à pour effet d’éviter la stigmatisation de tout groupe
social. La prévention doit plus
que jamais s’attacher à faire comprendre que le
risque est théoriquement le même pour tout le monde et que le V.I.H. ne connaît ni âge, ni profession, ni classe
sociale, ni appartenance ethnique, ni préférence sexuelle, etc...
·
L’incitation au dépistage et
aux soins précoces. Aller se faire dépister prend une nouvelle dimension avec l’arrivée de
la tri-thérapie. L’offre d’un
traitement nouveau et plus efficace permet l’espoir d’une longévité accrue.
Par ailleurs, les dépistages
peuvent se faire de plus en plus tôt et les possibilités de contaminer sans le savoir s’en
trouve théoriquement diminuées.
Informer sur les récents
délais de dépistage et sur la précocité des soins dispensables est une nouvelle
tâche de la prévention. Mais, il demeure primordial de souligner le potentiel
létal de la maladie malgré les derniers progrès. En effet, s’ils font naître de
sérieux espoirs de longévité, ils ne sont pas universaux et restent très
astreignants.
La prévention doit désormais
s’attacher à signaler leur existence car c’est probablement un facteur
incitateur au dépistage, mais elle doit également en signaler les limites pour
ne pas rendre caduque l’information quant à l’usage de protections. Il s’agit
donc à nouveau de marcher sur des oeufs
en matière de prévention ; ce qui devrait poser la question du professionnalisme
dans ce domaine particulier.
En outre, il faut noter que
les soins précoces ou ultra-précoces (c’est à dire ceux que le médecin pourra
donner avant même la connaissance du statut sérologique de l’individu) vont
contribuer à la confusion qui existe pour le public entre séropositivité et
SIDA. Cela ne sera pas sans effet en matière de prévention et de soins et
alourdira l’impact psychologique et social lors de la découverte et de
l’annonce de la séropositivité.
Mieux encore, on pourrait
être tenter de penser qu’un certain nombre préférera l’adoption d’une
prophylaxie d’urgence plutôt qu’un test de dépistage. Celle-ci permet en effet
de ne pas savoir. Autrement dit, plus le risque sera subjectivement grand,
moins on aura recours au dépistage. Nier l’angoisse et rester autour d’un
non-dit, d’un non-pensable et non-acceptable sera probablement une solution
pratique adoptée par tous ceux pour qui il est moins périlleux de penser que quelque
chose qu’on ne voit pas ou que l’on ne peut pas vérifier n’existe pas.
Dès lors et plus que jamais,
il reviendra aux médecins généralistes de pratiquer une prévention de proximité
pour tous ceux qu’un dépistage ou des soins précoces concernent. Responsabilité
médicale accrue et frilosité législative de l’Etat semblent aller de paire dans
cette difficile avancée vers une solution pragmatique.
Faire de la prévention un simple ensemble de mesures
prises pour empêcher un danger ou un
mal risque de faire oublier l’essentiel que chacun apprend au détour d’une
expérience singulière et qui est
contenu dans cette phrase : « cacher notre finitude dès l’enfance
nourrit des malheureux et entretient leur ressentiment devant l’inévitable
adversité. » (Michel Serres, Le contrat naturel, 1990) n
Christophe MARTAIL - Psychologue clinicien -Directeur du Point
Ecoute Ajaccio
ELEMENTS POUR UNE NOUVELLE APPROCHE DE LA PREVENTION
En matière de prévention de l’infection au V.I.H.,
l’émergence, puis l’inquiétante propagation de ce virus a mobilisé depuis une
quinzaine d’années bien au-delà du cercle des personnes, en particulier des
soignants, qui ont classiquement avec les pouvoirs publics la charge de ce type
de problème. A ce niveau plus qu’à tout autre, le SIDA a pris cette dimension
de phénomène de société. Le fait que toute personne en âge d’avoir une
sexualité génitale peut à un moment ou à un autre être concernée par ces mesures
de prévention a pour ainsi dire naturellement (mais non sans rencontrer des
résistances) conduit à ce que chacun puisse reprendre à son compte ce discours
de la prévention et s’en fasse le porte-parole.
[_1]Force est de constater que
ce discours, s’il s’est généralisé, ne s’est guère enrichi, au point de s’en
être trouvé réduit, dans sa modalité la plus commune, à cette formule inlassablement
répetée, déclinée selon toutes les variantes et sur tous les supports imaginables,
formule qui en dernière instance tient en trois mots : « Mettez un
préservatif. » **
A l’époque où le SIDA était cette maladie
énigmatique, mal connue, la nécéssité première de santé publique visant à ce
que les gens prennent conscience de ce virus ainsi que des moyens de s’en
protéger parait indiscutable. De même, qui peut aujourd’hui ignorer ou
contester l’impact des efforts mis en oeuvre pour faciliter l’accès et tenter
de banaliser le recours aux objets adéquats pour se préserver d’une
contamination.
Le
propos développé ici n’est donc pas de
revenir sur ces
avancées, mais de proposer quelques éléments propres je l’espère à
nourrir et à relancer le débat sur cette question peut-être plus complexe, plus
riche, que l’étonnant consensus qui s’en dégage le laisserait penser de prime
abord. Question qui gagnerait peut-être, d’où nous en sommes aujourd’hui, dans
la vitesse de l’urgence toujours mais avec aussi le bénéfice d’un certain
recul, à être posée autrement.
La
cause des nouvelles contaminations en France, dont certains indices
laisseraient actuellement penser que
leur nombre irait de nouveau en s’accroissant, est le plus souvent attribuée au
fait que l’on ne parle pas ou plus assez du SIDA, de cette maladie qui
« n’est plus à la mode », comme le déplorait récemment et non sans
amertume le Président d’Act-up. S’ajoute à cela ce « nouveau visage »
d’une maladie que certains échos médiatiques trop hâtifs et parcellaires ont pu
donner comme étant en voie de résolution. Sans doute, ce seul point justifie
que soit poursuivi et actualisé ce qui relève d’une information en prise avec
ce qui constitue toujours le réel de cette maladie grave et, au final, des
modalités inchangées pour s’en préserver.
Pour autant, doit-on naïvement conclure
que les personnes qui se contaminent aujourd’hui le sont parcequ’elles ne savaient
pas ?
Si cette opinion prévalait dans les premières années
de l’épidémie, on s’est peu à peu rendu compte, notamment, que ce qui a été
appelé la « gestion des risques » était composé de nombreux facteurs,
et était plus complexe que prévu. Des études (1) ont ainsi montré que les comportements
et pratiques sexuelles avaient des significations différentes selon
le contexte social, la na-
ture de la relation entre les partenaires, leur âge,
leur apparence, le lieu où ils se rencontrent,...
C’est à dire que nombre de personnes mettent en
place ce que l’on pourrait appeler des protections imaginaires. C’est le cas,
par exemple, de celui qui au lieu d’utiliser systématiquement des préservatifs,
ne le fait que selon l’apparence ou le style de vie de ses partenaires, tout en
ayant le sentiment de faire ce qu’il faut pour se préserver d’une
contamination. C’est à dire que ce qui parait absurde ou irrationnel du point
de vue de l’épidémiologiste ne l’est pas pour celui qui, en opérant cette relecture
des « consignes » officielles, les adapte à ses propres
représentations, les transpose dans le cadre de son environnement et les
simplifie pour en atténuer les containtes jusqu’au point où il pense pouvoir
les tenir.
Les sociologues et les anthropologues qui se sont
penchés sur ces phénomènes avancent que « les individus interprètent les
préceptes préventifs selon leur cadre cognitif socio-culturel, leur donnant
ainsi un sens qui va rendre possible leur mise en oeuvre. »(2)
Ce qui à pu être là mis en évidence au cours
d’études effectuées auprès de plusieurs « publics »(jeunes, personnes
ayant des relations homosexuelles,...) s’est révélé de façon plus patente
encore lorsque des acteurs de prévention se sont essayés à transmettre ce
discours de la raison à des populations non-occidentales. Faute d’un repérage
assez précis et des outils conceptuels ajustés, l’acteur de prévention
rencontre bientôt chez autrui un irrationnel (ou supposé tel) dont il peut se
trouver embarrassé.
Avant de
proposer des éléments d’analyse du malentendu en cause, remarquons qu’il ne saurait
à l’évidence être résolu par une répétition supplémentaire, aussi pédagogique
fût-elle, des préceptes préventifs. Cela vaut d’être énoncé à l’encontre de
cette tendance qui vise à ce que le préservatif soit pour ainsi dire utilisé
automatiquement.
Sans doute, l’émergence de cette épidémie a provoqué
un sentiment d’urgence qui a retenti sur les campagnes de prévention. Il y a
ainsi eu cette époque des slogans, des messages censés rivaliser avec ce SIDA
présenté comme le mal absolu. Le champ de la sexualité, concerné au premier
plan, s’en est trouvé réduit à l’acte sexuel, et en particulier à l’acte
potentiellement contaminateur - la pénétration. Présentée et parlée en termes
techniques, cette sexualité n’est pas sans évoquer celle véhiculée par la
pornographie, c’est à dire une sexualité où la parole, les sentiments, ce qui
fait qu’il y a une histoire entre des partenaires est réduit, si l’on peut
dire, à sa plus simple expression. On n’avait jamais écrit ou parlé
publiquement et à une aussi vaste échelle de pénétration anale ou vaginale, de
fellation, etc.
Sans doute, il faut bien appeler un chat un chat. Ce
qui interroge, c’est la logique qui sous-tend cette conjonction à la fois d’une
insistance, d’une répétition, et d’une réduction.
Il semble bien qu’une certaine tendance de la
prévention ait pris pour ressort principal la peur, avec cette idée qu’en
créant un choc suffisamment fort dans les esprits, les gens en viendraient à
mettre automatiquement des préservatifs.
Le fondement d’une telle logique n’est sans doute
pas à aller chercher plus loin que dans le vieil adage de la fin qui justifie
les moyens.
Et face à ce qui émane aujourd’hui de la part
notamment de jeunes (qui ont été l’objet du plus grand nombre de campagnes)
d’un sentiment de déja-su, voire de saturation à l’égard de ce discours de la
prévention, il semble qu’existe cette tentation de dépasser le malaise
introduit dans cette logique du choc et de la peur par les progrès
thérapeutiques, en se lançant dans une sorte de surenchère. Que penser, par
exemple, d’actions menées auprès d’enfants de 8-10 ans où seront détaillés les
modes de contamination en préambule à l’ex-traction de son étui d’un
préservatif pret à l’emploi. Si l’on ajoute à cela l’évocation des drâmes
provoqués par les atteintes sur le corps humain de cette maladie encore
fortement associée à la mort, et bien on a réuni tous les ingrédients propres à
créer un choc.
Tout cela, diront certains, est peu de chose comparé
à la gravité de la maladie. Mais s’agit-il, dans ce champ de la prévention, de
répondre pied à pied et comme en miroir à ce virus envahissant, et de reprendre
la terminologie guerrière encore communément utilisée dans le champ des
traitements?
Auprès d’adolescents, même si l’évaluation des
effets de ce discours disons frontal de la prévention est difficile à faire, on
peut penser qu’il y a au moins là le risque de renforcer ce sentiment de
saturation qui pointe, voire d’une rupture du dialogue entre ces jeunes et les
adultes qui sont en position d’être acteurs de prévention. C’est bien connu,
forcer les choses en la matière lorsqu’il y a une réticence ou une résistance
ne conduit qu’à renforcer celle-ci.
Depuis deux ou trois ans, ce que disent beaucoup de
jeunes, c’est que pour eux, il n’y a pas là débat : le préservatif, disent-ils,
ils le mettent. La prise de conscience, au moins au niveau collectif, a eu
lieu. Et quand on sait, comme nous le rapellent les sociologues, combien les
comportements sexuels évoluent lentement (ainsi l’âge du premier rapport sexuel
qui est quasiment resté le même depuis les années 60), on mesure l’ampleur du
changement effectué à propos du préservatif : en moins de 10 ans, son
utilisation lors du premier rapport sexuel est passée de 7% à 75%. Par la
suite, ce dernier chiffre décroit fortement, et ce n’est pas la moindre des
difficultés actuelles de saisir ce qui peut être là en cause et surtout de comment l’aborder.
Pour
avancer avec ces questions, disons que le temps est sans doute venu de changer
de perspective. L’idée que je vais développer maintenant en trois étapes a pour
fil directeur l’apport d’éléments susceptibles je l’espère d’éclairer autrement
cette question et de promouvoir un certain dégagement de ce discours de la
prévention qui conduit, par la volonté de maîtrise qu’il affiche, à poser des
injonctions dont le caractère par trop évident masque sa conséquence, qui est
de négliger ou de mettre à l’écart la dimension subjective.
Ces trois étapes, on pourrait les appeler :
- 1) le recours à des médiations élaborées par les
sujets ;
- 2 ) la fonction de l’après-coup;
- 3 ) la découverte de ce que le préservatif ou le
SIDA recouvrent.
Nous
verrons au terme de ce parcours que c’est ce dégagement du discours de la prévention
qui est nécessaire pour entendre les questions (qui bien souvent se situent
ailleurs et pour ainsi dire à l’envers du préservatif) de ceux et celles qui
acceptent d’en savoir un peu plus, et autrement, de ce qui concerne leur vie.
-1) Un premier décentrement dans l’abord de
ce dont il s’agit peut trouver à s’effectuer par le recours à diverses
médiations.
Je pense notamment à cette action, « 3000 scénarios contre un
virus », qui a consisté en l’écriture par des jeunes de scénarios de
courts-métrages autour de ce thème du SIDA tel qu’ils le vivent et se le repésentent.
Il en ressort notamment, outre l’intéret manifesté à
ce type d’action inscrite dans une durée, que si le contenu manifeste de ces
scénarios avait bien pour objet le sida, leur contenu latent, leur trâme était
constituée d’autres questions telles que, par exemple, la construction de soi,
la recherche du désir, la découverte de l’autre, les problèmes relationnels et
les avatars d’une rencontre avec l’autre sexe.
Il est notable que la sexualité n’y est jamais
évoquée directement, qu’elle est suggerée et toujours associée à la dimension
affective. Lorsque ces jeunes ont l’occasion d’élaborer quelque chose autour du
SIDA, celui-ci devient le prétexte à ce que se posent et éventuellement cheminent
les questions et préoccupations qui sont les leurs. Remarquons que ce travail
n’a pu se réaliser qu’à partir du renoncement des adultes qui l’accompagnait de
toute pédagogie concernant la sexualité.
La diffusion sur les chaînes de télévision des 31
courts-métrages réalisés a donné lieu à une évaluation qualitative de cette
campagne, évaluation menée auprès de téléspectateurs ayant vu certains de ces
films (3). Les auteurs de cette évaluation
avancent que « ces films ont réussi une gageure, à savoir, pour
reprendre les mots d’une interviewée, « parler du SIDA sans en avoir
l’air ».
Une critique est aussi mise en évidence dont il y
aurait sans doute à tirer enseignement : dans ces films, « l’image donnée
des jeunes a été critiquée à cause d’une représentation trop
« exemplaire » et « raisonnable » des personnages mis en scène
(...). Selon en particulier les 15-20 ans, il aurait fallu insister davantage
sur les attitudes plus réservées à l’égard du préservatif, à savoir les
hésitations, le refus, la peur, le mépris. Une telle approche aurait rendu
compte plus fidèlement de la réalité des comportements des jeunes ainsi que de
leurs véritables préoccupations face à la prévention.
2) La fonction de l’après-coup.
Faisons un pas de plus en considérant que vu ce qui
est en cause et qui renvoie à l’intime de chacun, le recours à des médiations
et à des actions menées auprès de groupes trouvent bientôt leurs limites. A
fortiori, on peut se demander quelle est la pertinence d’actions qui reposent
avant tout sur leur caractère médiatique. Les auteurs cités ci-dessus en
viennent ainsi à conclure « qu’on s’aperçoit que la télévision est dans un
grand nombre de cas un frein plutôt qu’un facilitateur de discussions et
d’échanges : elle s’adresse aux autres « à notre place » et d’une
certaine façon vient se substituer à la parole de l’autre. Tout se passe comme
si les films étaient supposés parler par eux-mêmes. »(3)
D’une
manière plus générale, il apparait que l’appel fait dans le discours de la
prévention à l’individu responsable et maître de ses actes comme de ses savoirs
a occulté ceci : la modification d’un comportement qui implique du plaisir
suppose un certain travail psychique. Ce travail, la plupart des personnes
l’effectuent par elles-mêmes. Pour d’autres, il faudra une occasion pour
l’initier, voire pour le soutenir et l’accompagner.
Si la prévention, classiquement, c’est ce qui vient
avant quelque chose d’identifié comme dommageable et qui vise à ce que cela
n’ait pas lieu, ou tout du moins à en limiter l’apparition ou les effets, il se
trouve bien souvent que pour la prévention qui nous interesse ici, c’est dans
l’après-coup d’un risque pris que le travail psychique en question va
éventuellement pouvoir s’initier.
Avant
de repérer plus précisément en quoi et dans quelles conditions l’après-coup
d’un risque pris peut avoir un effet qui va dans le sens d’une meilleure
préservation par lui-même du sujet concerné, il m’a semblé intéressant de citer
ici quelques résultats tirés de l’évaluation d’une campagne de prévention
récente (4).
Il s’agit de la dernière campagne de communication
du Comité français d’éducation pour la santé (C.F.E.S.) en direction des
homosexuels. Cette campagne se compose de trois volets publiés dans la presse gay :
-1)
une partie informative, signée du Ministère de la Santé.
-2)
une bande dessinée fondée sur l’absence d’injonction et illustrant par une
histoire drôle un conflit subjectif autour des questions de prévention.
-3)
une partie « témoignage » cons-tituée, cette fois sans le filtre
protecteur de la dimension comique, d’une série de témoignages individuels
autour d’une « défaillance » préventive qui exposent les questions
que se pose un sujet après un oubli de préservatif.
L’évaluation menée auprès de lecteurs est sans
ambiguïté :
- désintérêt ou lassitude pour la première partie
(« maintenant, à part les sourds et les aveugles, qui n’a pas entendu
parler du SIDA et des préservatifs »; « si c’est le Ministère, je
zappe »...)
- intérêt, voire enthousiasme pour les approches
subjectives (2 et 3) dont la principale caractéristique est que la subjectivité
y est mise en avant dans sa dimension d’incertitude (prenant ainsi le
contre-pied de la position classique en la matière où le sujet visé et valorisé
est ce sujet responsable et maître de lui). Et c’est précisément cette
incertitude, cette imprécision, qui rend possible que ce support soit investi
comme un espace projectif où le lecteur peut entendre parler de lui-même (et
non plus des autres) par l’intermédiaire d’un autre, caricature ou témoin
défaillant : « c’est comme un miroir où on se regarde ».
Un autre point important est qu’il apparait que les
lecteurs tirent d’eux-même les leçons. Ainsi pour la B.D : « ça commence
par faire rigoler, et puis sourire...et en y repensant, je ris jaune »;
« je les relis parcequ’il y a plein de petits messages qui font réfléchir ».
C’est à dire qu’il y a le moment de la lecture, et puis le cheminement du sujet
qui s’engage à cette occasion.
On peut remarquer là que les affaires intimes sont
abordées sans que la subjectivité soit le moins du monde violée, chacun n’y
retrouvant spontanément que la question qu’il supporte d’entendre.
Enfin, il ressort de cette étude que l’attente en
matière de prévention, c’est : moins de doctrine, moins de slogans, moins de
réponses, et davantage de questions sur le sens.
La difficulté
ici, c’est que le sens, il se trouve que bien souvent, lors de ce qu’on appelle
une prise de risque, c’est justement ce qui manque.
Ce manque, bien pénible à rencontrer, comme toute
confrontation à ce qui en nous n’est pas animé par l’idée de notre bien, nous
sommes naturellement portés à le recouvrir, à nous en préserver, comme en
témoignent ces paroles si fréquentes : « c’était dans le feu de
l’action »; « j’avais un peu bu, je n’étais plus moi-même »;
« j’y pense, mais je le fais quand même... ».
Et puis il y a l’amour, ou plutôt ce qu’il vise, et
qui ne fait pas souvent bon ménage avec le préservatif.
Mais avant d’en venir à l’amour, remarquons déja que
le risque, c’est une notion bien subjective. Et peut-être plus commune aussi
que ce que l’on voudrait croire. Qui ne s’est jamais surpris, à l’adolescence
ou peut-être plus tard, à se risquer dans un acte contraire au bon sens, un
acte dont le motif comme les conséquences, possiblement dommageables, n’étaient
pas explicites, tenues par les rênes de la raison ? Un acte qui pouvait être
associé à un sentiment de liberté, de plaisir plus intense, mais peut-être
aussi un acte sous influence, comme contraint.
Pour
dire vite, ce que l’on appelle en psychanalyse un passage à l’acte n’est pas
défini par la nature ou la qualité de l’acte en question, mais par le fait qu’à
un moment, et aussi responsable qu’il puisse être par ailleurs, le sujet
réalise en acte quelque chose qui lui échappe, quelque chose qu’à la limite il
n’a pas voulu - ou qu’il a tellement voulu, mais sans le savoir, qu’il n’a pu,
cette fois, y échapper.
Cet acte, qu’il soit manifestement sexuel ou pas, se
spécifie de n’être justement pas inscrit dans le champ de la parole. Il
s’inscrit là où manquent les mots pour le dire, et le dire non seulement à
l’interlocuteur, au partenaire, mais surtout à soi-même.
Les
mots : je ne parle pas là de ces raisons que l’on se donne à soi-même pour
mieux recouvrir cette étrange éclipse de soi, ou de ces justifications souvent
énoncées sur un mode coupable au soignant qui reçoit le sujet en consultation
de dépistage, mais de ce qui va pouvoir se dire à partir de cette
reconnaissance par le sujet que peut-être, ce risque, il ne sait pas pourquoi
il l’a pris, mais que cela même soulève et mérite question.
Il s’avère que réaliser cela peut être le meilleur
point de départ à ce que s’engage une élaboration constructive du sujet quant à
son rapport au risque et à la prévention.
Un
témoignage vaut ici d’être cité (5), qui est je crois d’autant plus parlant
qu’il émane de quelqu’un, Michael Warner, de très impliqué dans la lutte contre
le SIDA, auteur de recherches à ce propos et donc parfaitement informé.
L’auteur s’exprime sur ses interrogations, suite à une relation
« non-protégée ». Il expose d’abord ses tentatives pour rationnaliser
son acte, avant de reconnaître qu’il s’agit là « d’autant de théories de
consolation (...) propres à préserver le niveau d’incertitude dont (il) avait
besoin pour prendre des risques. » « J’ai jonglé avec ça suffisamment
longtemps pour réaliser que je ne comprenais pas ce que je croyais comprendre
de mon comportement (...). La qualité de ma prise de conscience relevait davantage
de l’impulsion que l’on a lorsqu’on vole à l’étalage. J’étais tellement révolté
à l’idée de ce que j’avais fait que cela ne me semblait plus du tout être un
choix délibéré de ma part. Un mystère, je pensais. Un monstre l’avait
fait. »
Puis : « j’ai commencé à réaliser que mes propres
expériences de rapports à risques n’étaient pas des accidents dus au hasard,
qu’elles étaient l’expression de désirs et de circonstances que j’ai partagés
avec d’autres (...). C’est seulement si vous pouvez reconnaître que vous possédez
un inconscient que vous pouvez admettre que vous vous livrez à des actes d’auto-destruction
sans pour autant vous sentir coupable. »
Il y
aurait beaucoup à dire à partir de ce témoignage, de ce cheminement. Retenons
trois points essentiels :
la prise de conscience de
cette personne n’a pu avoir lieu que dans l’après-coup du risque pris. Au
moment du dit risque, tout ce qui précédait quant au savoir acquis par lui
concernant la maladie et sa prévention n’a pesé en rien, ne l’a nullement
préservé ( peut-être même qu’en offrant l’illusion d’une garantie, ce savoir a
eu pour lui l’effet inverse);
‚ c’est à partir d’une
reconnaissance par lui d’un désir inconscient à l’oeuvre qu’il a pu s’engager
dans une démarche visant à mettre des mots sur ce désir. Ceci dit pour pointer
que, de manière plus générale, ce discours de la prévention, par son caractère
si évident, si univoque, est tout à fait de nature à masquer qu’alors même que
le sujet semble vouloir s’y inscrire, c’est tout le contraire qui peut être
recherché, soit quelque chose qui peut être à situer comme un voeu de mort inconscient
qui concerne le sujet lui-même, ou à l’endroit de son/sa partenaire. La
clinique montre qu’un tel désir, qui n’est jamais que singulier, une fois
reconnu et nommé, devient contournable;
ƒ enfin, et cela n’est pas
propre à ce sujet, la parole dont il est question ici est une parole difficile,
pénible, avant d’être libératrice. Avant de se soulager en disant - ce qu’une
certaine opinion psychologisante a voulu (faire) croire -, la rencontre avec un
savoir inconscient est d’abord la rencontre avec ce dont précisément on ne veut
rien savoir.
Pour
conclure ce point, disons que ce travail psychique mené dans l’après-coup d’un
risque pris suppose de la part de celui qui va recevoir la parole du sujet une
certaine distance avec l’attitude militante ou pédagogique, et une capacité
d’écoute qui ne saurait être exigée de chaque acteur de prévention.
Comme le rappelle justement H. Lissandre (6) à
propos de cette place d’écoutant : « S’éprouver à cette place suppose évidemment
de s’être soi-même confronté à l’épreuve de la parole : on n’entend que de là
où on en est, et on en est là où on à pu le dire. »
Si ce travail d’écoute et de soutien d’une
élaboration requiert pour être mené comme tel certaines conditions (formation
et travail préalable sur lui-même de l’écoutant, cadre où la confidentialité
est garantie,...), il n’en reste pas moins qu’il peut être opportunément initié
par tout acteur de prévention averti de l’intéret d’un dialogue de proximité :
-
non pas pour faire de la propagande pour les préservatifs (ce qui ne peut
conduire qu’à faire taire le sujet qui reçoit cette propagande),
-
non pas pour refaire encore la liste des sages résolutions qui flatteront
l’interlocuteur responsable,
-
mais pour aborder ou inviter le sujet à aborder dans un cadre approprié ce qui
fait que ces résolutions sont, à certains moments, restées lettres mortes.
3) La découverte de ce que recouvrent le préservatif ou le SIDA.
Dans le fil du précédent, faisons un dernier pas en prenant
acte de ceci : la thématique du SIDA, du fait de sa prégnance et de ce à quoi
elle renvoie chacun (en particulier le sexe et la mort) se trouve pour nombre
de personnes être fortement intriquée à des questions ou à des problématiques
individuelles, au point parfois de recouvrir celles-ci.
C’est à dire que pour certains, tout se passe comme
si ce virus inquiétant et si médiatique
avait focalisé, actualisé, et en quelque
sorte condensé des problématiques autres qui de ce
fait ne sont plus reconnues comme telles. Et comme si, pour dire vite, ce
préservatif, à force, était devenu un préserve-à-dire.
Ainsi
le consultant qui arrive avec l’angoisse de s’être contaminé lors d’un rapport
sexuel non protégé avec une femme qui n’est pas son épouse, et qui attend du
résultat du test de dépistage qu’il vienne trancher et résoudre la délicate
question de son désir et de sa culpabilité.
On peut penser qu’un résultat de séropositivité le
confirmerait, pour ainsi dire, dans sa culpabilité et le sentiment d’une faute
dont il se sent, plus ou moins confusément, devoir payer le prix.
Un résultat « négatif » aurait plutôt
tendance à avoir comme effet de le soulager de cette culpabilité et de le
rassurer, sans pour autant qu’il s’en trouve en rien éclairé sur les coordonnées
singulières de sa question, question dont on peut penser qu’elle est nouée de
telle sorte qu’elle l’a conduit à son insu à prendre un risque.
Et
d’ailleurs « un risque » : s’agit-il pour lui du risque d’une
contamination, comme sa présence dans le C.D.A.G. semble le montrer, ou du
risque pris pour avoir suivi la voie d’un désir pour une autre femme, au risque
de mettre en danger son couple?
On peut entendre là que la question posée
initialement dans une demande de résultat de test peut à la fois actualiser et
recouvrir un questionnement concernant ce qui pourrait relever, par exemple,
des embarras actuels des relations homme-femme quant aux positions occupées
dans la différence des sexes et aux conséquences qui en découlent pour que quelque
chose d’une confiance puisse s’inscrire dans la relation en elle-même.
Tout cela est bien intéressant, me dira-t-on, mais
quel est le rapport avec la prévention
de l’infection au VIH ?
Eh bien c’est là que je voudrais avancer un dernier
décentrement, ou renversement, de cette question de la prévention.
Il s’agit là d’une prévention un peu particulière,
dont le champ est certes tout à fait limité, mais qui peut concerner ou intéresser
beaucoup plus de sujets qu’on aurait pu le croire, toutes bourdonnantes qu’ont
eté nos oreilles ces dernières années d’une inquiétude focalisée sur le virus.
Cette prévention est particulière en ceci que l’efficace de son action ne se
fonderait plus en rien sur tout ce qui constitue le discours de la prévention,
sur une quelconque idée à transmettre de ce que serait le bien de l’autre et de
la voie à suivre par lui pour qu’il l’atteigne.
Mais alors, est-il encore légitime de parler là de
prévention?
A proprement parler, non. De surcroît, certainement.
Quoi
qu’il en soit, il s’agit là d’une prévention qui ne trouve son sens qu’à
s’inscrire véritablement dans une démarche d’écoute et de soin au sens large du
terme, au sens de prendre soin du patient et d’inciter ou de soutenir ce qui
pourrait amener le patient à prendre soin de lui-même.
Une
illustration clinique pour éclairer ces propos : poussé par son compagnon
séropositif, un jeune homme vient pour effectuer un nouveau test de dépistage.
Le médecin qui le reçoit entend que bien qu’informé de la situation de son ami
et connaissant l’usage du préservatif, il est au bord de ne plus pouvoir se
résoudre à y recourir. En fait, il n’arrête pas d’y penser, à ce préservatif,
et plus il y pense, moins il arrive à le mettre. Opportunément, le médecin lui
indique qu’il semble y avoir là quelque chose qui fait question et qui vaudrait
d’être parlé au psychologue.
Bien que réticent, il finit par se décider, et
commence par m’exposer le conflit avec lequel il est aux prises. Le préservatif
occupe tout son espace psychique, au point de l’empécher, dit-il, d’avoir une
relation harmonieuse avec son compagnon, qui lui-même n’a de cesse que de lui
intimer la nécessaire protection.
Ma première réaction est de m’étonner que ce
préservatif occupe une telle place. Mais d’ailleurs, quelle place? Il en parle
comme s’il s’agissait de quelqu’un (« je n’arrête pas de penser à
lui... »).
En en disant un peu plus sur sa relation amoureuse,
il s’avère qu’elle est compliquée par la présence d’une tierce personne avec
qui ils cohabitent pour des raisons matérielles. Il exprime la crainte qu’à
tout moment (et particulièrement au « bon » moment), elle ne fasse
(il s’agit d’une femme) irruption et ne vienne s’interposer entre lui et son
ami. En creusant un peu plus, il réalise que cette situation pourtant pénible
se répète, et que même lorsque tout est réuni pour qu’aucun tiers ne risque de
faire irruption, eh bien il y pense tout de même, et cette pensée inopinée lui
gâche son plaisir : il voudrait bien l’enlever - de son esprit, s’entend.
Sans
poursuivre plus loin ici le fil de ce qu’il réalise alors, notons que du
préservatif, de cette chose entre le corps de son ami et le sien, il le
remarquera lui-même en fin d’entretien, il n’est plus question.
J’ajouterai que c’est précisément parce qu’il n’en
est plus question, et qu’il a pu quelque peu repérer que sa question était
ailleurs qu’il pourra, c’est du moins ce que je pense, s’accomoder des
contraintes somme toute limitées liées à l’usage de cet objet.
Ce qui
se posait de façon cruciale pour ce jeune homme, du fait de la séropositivité
de son compagnon, peut se retrouver, avec des coordonnées chaque fois
singulières, dans nombre de situations où paradoxalement, c’est la focalisation
sur le sida et le préservatif qui barre l’accès de sujets à ce qui est en
question et en jeu pour eux, cette occultation pouvant être de nature à ce que
à leur insu ou à leur corps défendant, ils courent effectivement le risque de
se contaminer par le VIH.
Et l’amour, dans tout ça ?
Concluons
par là où, peut-être, il serait fécond de commencer, en tant que depuis 2500
ans au moins et la venue au jour de ce texte qui, concernant l’amour, fait
toujours référence, Le Banquet de Platon (7), il est répondu par Hephaïstos à
la question « qu’est-ce que vous souhaitez, hommes, vous voir arriver l’un
à l’autre ? » : « est-ce de ceci, dites que vous avez envie ? de vous
confondre le plus possible l’un avec l’autre en un seul être, de façon à ne
vous quitter l’un l’autre ni nuit ni jour ? Si c’est de cela que vous avez
envie, je ne demande pas mieux que de vous fondre ensemble et, avec mon
soufflet de forgeron, de faire de vous un alliage; en sorte que, de deux êtres
que vous êtes, vous en soyez devenus un seul, et que, tant que vous vivrez,
vous viviez tous deux ensemble d’une existence commune, comme si vous étiez un
seul être ».
Alors
il est vrai qu’à ce voeu secret, à cette visée ultime de l’amour, le SIDA a
apporté sa pierre d’achoppement.
L’autre maintenant, ce partenaire avec qui je vais m’engager
pour accomplir ce qui ne peut avoir cours que là, voilà qu’entre nous le doute
s’insinue, que peut-être il porte ma mort - à moins que (mais cette pensée
est-elle seulement tolérable ?) ce soit moi la sienne.
Voilà aussi cette membrane de latex qui nous sépare,
et menace de rompre, de rompre le charme du voeu secret de l’amour.
Et si nous l’enlevions, cette membrane, y
arriverions nous, à être si proches que nous serions exaucés...?
Alors oui, il y a ce réel qui ne cesse de revenir et sur lequel nous
buttons, et que la psychanalyse a repéré comme étant au fondement de notre
condition, il y a cet indépassable de la différence des sexes et ce terme cruel
de castration, il y a que nous sommes démentis dans nos vœux d’absolu, de
toute-puissance, de complétude et que nous nous en remettons mal.
Il y a
qu’un homme et une femme (et par extension deux êtres ), aussi proches
soient-ils, ne font pas un, et même qu’entre eux, jusqu’à un certain point, il
y a toujours quelque chose qui cloche.
Depuis
15 ans, sous le coup de cette épidémie, et parce que nous aimons tant croire en
un jour où il ne sera plus, ce « quelque chose » s’est beaucoup
appelé SIDA.
Mais peut-être n’est-ce pas le nom qui lui convient
le mieux.
Peut-être est-ce à chacun, ce « quelque
chose », de lui trouver son nom - et de remettre le SIDA à sa place, la
meilleure étant sans doute la plus circonscrite.
Arnaud BOUGOIN psychologue
RÉFÉRENCES
BIBLIOGRAPHIQUES
(1) R. Mendès-Leite. Les variables du risque. Le
Journal du sida, n°40, juin 1992.
(2) R. Mendès-Leite. Une autre forme de rationalité
: les mécanismes de protection imaginaire et symbolique. Les homosexuels face
au sida. ANRS, 1996.
(3) D. Rudelic-Fernandez, N. Bajos, F. Lert. Eléments
pour une évaluation qualitative des campagnes de prévention du VIH. Santé
publique, n°4, 1996.
(4) Insight Marketing, Evaluation de la campagne de
communication sida auprès des homosexuels. Rapport remis au CFES le 27 mars
1997. Cité par H. Lissandre. Nouvelles urgences de la prévention. Combat face
au sida, n°9, septembre 1997.
(5) M. Warner. Pourquoi les homosexuels prennent-ils
des risques ? Le Journal du sida, n°72, avril 1995.
(6) H. Lissandre. Nouvelles urgences de la
prévention. Combat face au sida, n°9, septembre 1997.
(7) Platon. Le Banquet. Gallimard, Folio Essais,
1990.
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EVOLUTION SANITAIRE ET SOCIALE DES USAGERS DE DROGUES SOUS TRAITEMENT DE SUBSTITUTION PAR
SUBUTEX
|
A |
près une vingtaine de mois de traitement de
substitution de ville pour les usagers de drogue dépendants de l’héroïne,
il nous a semblé utile de faire un nouveau point sur la méthode et
ses résultats. Il ne s’agit pas tant de céder à la mode de l’évaluation que de
pointer les effets positifs, négatifs ou discutables d’une méthode nouvelle et
toujours contreversée de soins aux toxicomanes.
Il convient de dire en préambule que la pratique de
la substitution proposée aux héroïnomanes ne révèle qu’une frange de la réalité
des usages de drogues. Ne recrutant que des usagers en phase de de rupture avec
leur drogue, elle ne permet pas une étude épidémiologique de la toxicomanie.
On ne peut compter les toxicomanes comme des
moutons, pas plus d’ailleurs que l’on ne peut mettre en statistiques un
mal-être et sa prise en compte lors d’une pharmacothérapie.
Toutefois,
les quelques praticiens qui se sont engagés dans la substitution de ville
doivent rendre compte de son impact tel qu’il apparait sur la trajectoire de
toxicomanes. Il en va de la crédibilité et de l’avenir de l’expérience. Cela
constitue de toute façon une base nécessaire pour son évolution.
CONTEXTE DE
L’EVALUATION
La présente étude a été réalisée par collection de
questionnaires auprès des cinq médecins généralistes d’Ajaccio et de sa
périphérie qui avaient déjà participé à la première évaluation à 10 mois de
traitement par Subutex (5). Entre temps, ces praticiens ont
constitué le noyau
d’une associa-
tion 1901 spécifique : REPSUD 2A, (Réseau de
Professionnels pour les Soins aux Usagers de Drogue ) dans l’esprit du Docteur
Carpentier, c’est à dire sans connotation ou prétexte épidémiologique.
Le SIDA a servi de
révélateur aux problèmes de la toxicomanie, mais il serait dommageable que la lutte contre l’usage de
drogues demeure dans l’optique étroite d’une spécialité médicale quelle qu’elle
soit.
LA COHORTE
D’USAGERS DE DROGUES
Il s’agit au total de 100 personnes, parmi
lesquelles 2 sont traitées par sulfate de morphine et non par Subutex ; 67 sont suivies régulièrement
et 33 suivies irrégulièrement ou vues moins de 4 fois en tout.
LE SEX -RATIO
6 hommes pour 1 femme, cela confirme le caractère très masculin de la toxicomanie insulaire : 86 % d’hommes (5)*.
L’AGE MOYEN
29,7 ans. La moitié des demandeurs
ayant entre 25 et 35 ans.
LA SITUATION
FAMILIALE
Dans 40 % des cas il s’agit de personnes vivant en
couple et pour 30 % d’entre eux ayant en charge des enfants.
L’INSERTION
SOCIALE
Plus de la moitié des demandeurs ( 57%) ont une
formation professionnelle (37 % avec un diplôme, 20 % sans diplôme). Le niveau
scolaire reste bas : le niveau du BEPC très rarement atteint et
celui du baccalauréat exceptionnellement.
ú. 54 usagers habitent un
logement personnel.
ú. 42 sont hébergés dont 25
chez leurs parents.
ú 92 % bénéficient d’une
couverture sociale.
ú 36 % ont un travail ( 22,9
% à temps complet et 13,3 % à temps partiel), 20 % n’ont aucun revenu et 41 %
touchent une aide institutionnelle ( Chomage, RMI, AAH etc...).
La désinsertion sociale n’est pas aussi importante
qu’on pouvait le penser.
LE SUIVI DANS
LE TRAITEMENT DE SUBSTITUTION
ú 67 personnes ont un suivi
régulier dans les 3 cabinets interrogés, soit un taux de rétention de 67 %,
identique au taux retrouvé par l’étude Spesub ( 1) pilotée par le Pr. Roger Henrion
qui porte sur 900 toxicomanes et par l’étude Subtares (2) qui a évalué 160
substitutions par Subutex.
ú 10 ont poursuivi une
substitution chez un confrère hors des 3 cabinets interrogés, dont 5 hors
d’Ajaccio
ú 23 sont perdues de vue
ú 4 ont été orientés vers
une substitution par méthadone.
CONTEXTE ET
PROBLEMES FAMILIAUX
ú 35 fois sont notés des
conflits intra-familiaux, précédant ou accompagnant la toxicomanie.
ú 27 personnes déclarent
l’usage de drogue chez au moins un autre membre de leur famille proche.
ú Des traumatismes psychiques
récents ou plus anciens sont révélés : 15 séparations des parents, 13 décès de
proches, 8 ruptures sentimentales, 10 conflits conjugaux. On peut noter à coté
de 2 toxicomanes orphelins, plusieurs autres sans aucun soutien parental.
LE TYPE DE
TOXICOMANIE
Cette analyse ne fait que confirmer ce que l’on
savait déjà. La quasi totalité de la cohorte est polytoxicomane : associés à
l’héroïne, on trouve par ordre de fréquence : cocaïne, Cannabis, psychotropes,
alcool, ecstasy et crack.
DUREE DE
TOXICOMANIE
7,4 ans
d’exposition moyenne aux produits, avec une proportion notable de 41,4 % d’usage inférieur
à 5 ans. Nous retrouvons la notion d’une toxicomanie relativement récente par
rapport à celle de la France
continentale (5). 84 % de toxicomanie supérieure à 5 ans dans l’étude Spesub
(1) et 10 ans de moyenne dans l’étude Subtares (2).
ETAT SANITAIRE
Nous n’avons pas fait le relevé exhaustif des
pahologies associées. En dehors des pathologies infectieuses qui suivent, les
pathologies dentaire, pulmonaire, veineuse, cutanée et psychologique sont le
plus souvent notées.Nous verrons plus loin qu’elles ont donné lieu à une prise
en charge médicale.
- sérologie
positive pour le VIH : 7 %
- sérologie
positive pour le VHB : 11 %
- sérologie
positive pour le VHC : 31 %
Nous retrouvons la notion déjà évoquée de
corrélations entre l’âge des usagers,
le temps d’exposition aux pratiques à risque et le type d’infection
contracté (5) :
ú la moyenne d’âge des
usagers VIH + est de 38,6 ans.Leur toxicomanie moyenne est 13,2 ans.
ú la moyenne d’âge des
usagers VHB + est de 34 ans. Leur toxicomanie moyenne est 12,8 ans.
úla moyenne d’âge des usagers
VHC + est de 30,8 ans. Leur toxicomanie moyenne est 9,5 ans.
Ces données montrent s’il était encore besoin l’infectivité importante du VHC et l’impact de la prévention et de la réduction des risques liés au VIH chez les usagers plus jeunes et plus récents en toxicomanie. Ceci constitue un encouragement si on se réfère aux données de l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies publiées fin 96 : 20 à 30 % de sérologies VIH positive et 70 % de sérologies VHB + VHC positives, évaluation sur 160 000 héroïnomanes en France (4).
EVOLUTION
DES REVENUS SOUS SUBSTITUTION
L’analyse de
la cohorte totale montre un gain sensible de réinsertion dans le milieu du travail
: + 10 % de travail à temps partiel et + 12 % de travail à temps complet. Dans le contexte
socio-économique défavorable que nous connaissons ce gain est révélateur d’un effort
soutenu pour « s’en sortir ».
EVOLUTION
SOCIALE DES 66 USAGERS REGULIEREMENT SUIVIS
Des personnes
en substitution régulière montrent des signes favorables sur le plan relationnel
:
ú 26 % déclarent avoir restauré la qualité de leur vie
familiale.
ú 20 % ont amélioré leur
relations amicales ou conjugales. L’étude Subtares (2) parle de relations
amicales nouées en dehors du milieu toxicomane dans 30 % des cas.
ú Au total 7 usagers sur 66
ont entamé une formation professionnelle ou des études.
·
Certains
usagers demeurent dans un contexte social défavorable :
ú 11,3 % n’ont rien changé à
leurs habitudes de vie.
ú 3,8 % ont subi une peine de
prison, 10 % ont un suivi judiciaire en cours.
ú 3 personnes ont perdu leur
emploi.
EVOLUTION
SANITAIRE DES 66 USAGERS REGULIEREMENT SUIVIS
ú 15,7 % des usagers ont eu
des soins dentaires.
ú 12,9 % sont sous interféron
pour hépatite B ou C.
ú Les 7 séropositifs pour le
VIH sont en traitement.
ú 37 % des usagers ont eu
divers soins avec ou sans rapport avec la toxicomanie.
L’image du
toxicomane refusant ou négligeant les soins du corps ou encore non compliant
aux traitements médicaux ne correspond plus à la réalité de nos consultants.
EVOLUTION
PSYCHOLOGIQUE
ú 51 % se déclarent
stabilisés sans suivi psychiatrique.
ú 8,3 % sont stabilisés avec
un suivi psychiatrique.
ú 7,5 % refusent ou échappent
au suivi psychiatrique prescrit.
EXPERIENCE
ANTERIEURE DE SUBSTITUTION
ú 29 usagers n’ont aucune expérience antérieure.
ú 11 ont déjà essayé le Subutex.
ú 21 ont utilisé la codéïne.
ú 27 ont tenté une
substitution par Temgésic.
ú 4 ont déjà tenté une substitution par la Méthadone.
ú 3 ont connu un substitution
par sulfate de morphine.
La grande majorité des demandeurs de substitution
ont déjà une expérience antérieure de substitution ou de sevrage. Ce qui
pourrait apparaître comme la répétition lassante du même scénario est en fait
bien un espoir de ne pas considérer comme un échec définitif les différentes tentatives
d’émergence, qu’elles soient médicalisées ou pas.
DUREE DE LA
SUBSTITUTION EN DECEMBRE 1997
La durée moyenne
de substitution est de 9,84 mois pour l’ensemble de la cohorte et de 12,5 mois
pour les 67 usagers régulièrement suivis.
Parmi ces derniers :
16 % sont suivis depuis 1 à 5 mois
14 % depuis
5 à 10 mois
35 % depuis 10 à 15 mois
35 % depuis 15 à 21 mois
Cette répartition des durées de suivi montre la
fidélité du suivi pour la grande majorité des usagers et la persistance du recrutement
de nouveaux demandeurs de substitution. Une substitution « sauvage »
sert parfois de tremplin à la substitution médicalisée. Cette dernière demande
n’étant pas toujours facile à exprimer, notamment pour de jeunes toxicomanes.
POSOLOGIES DE
SUBUTEX
ú La posologie moyenne est de 6,4 mg / jour.
ú 62 usagers prennent entre 4
et 8 mg / jour
ú 22 usagers prennent entre 8
et 12 mg / jour.
ú 9 usagers prennent entre 12
et 16 mg/jour
Nous retrouvons pour cette cohorte la même moyenne posologique relevée par le
Pr. Parquet de lille dans son étude à 10 mois de substitution par Subutex
(3).La posologie moyenne dans l’étude Subtares (2) est de 6 à 8 mg/jour. On
peut regretter l’absence de dosage intermédiare ( 6 et 10 mg ) qui
pourrait diminuer le nombre de cps quotidiens et faciliter l’observance idéale
d’une prise per-linguale quotidienne.
PROBLEMES
D’OBSERVANCE ET DETOURNEMENT D’USAGE
Nous avons noté :
ú 19 tendances à augmenter les doses.
ú 18 irrégularités de prise.
ú 9 associations avouées avec
d’autres produits légaux ou illégaux.L’étude Spesub (1) recense 20,4 % de
consommation associée de produits illicites.
ú 12 reprises d’héroïne (
dont 4 rechutes ponctuelles uniques).
ú 5 prescriptions paralèlles
sur les 3 cabinets et les 5 confrères.
Les prescriptions multiples relèvent de plusieurs
causes qu’il faut s’efforcer de chercher au cas par cas afin d’y porter remède
: à coté du cumul à fin de trafic, il y a la recherche d’un complément
posologique, la prescription par « procuration » dont nous avons eu
plusieurs exemples.
Un problème non négligeable demeure posé, celui du détournement et du
trafic de Buprénorphine avec la création d’un marché noir. Il s’agit d’un
problème difficile à évaluer comme l’est aussi celui du trafic des autres
psychotropes. La retombée inattendue est celle qui achemine les usagers du
marché noir vers le marché « médical » nettement plus abordable
sur le plan économique. Qu’en résulte t-il ?. Des demandes masquées, des
demandes non encore motivées par la galère de l’héroïne, des demandes urgentes
et ponctuelles pour faire cesser un réel état de manque. Ces demandes existent
chez une minorité des toxicomanes que nous avons vus. Ce qui est sûr, c’est
qu’il en résulte bien un contact avec le corps médical et un échange
obligatoire où il est question de vivre à moindres risques, de respecter la
dignité et la santé de chacun.
Si, en raison
du risque de détournement, le principe
de doute et de méfiance devait être appliqué à chaque patient toxicomane, nous
n’en serions pas encore au début du commencement d’un changement de stratégie
en toxicomanie et nous pourrions continuer à nous reposer sur
notre longue expérience de traitement
répressif du problème.
MODES DE
PRISE DE SUBUTEX
ú 58 usagers observent la
voie per-linguale préconisée.
ú 4 usagers sont injecteurs constants.
ú 24 usagers utilisent les 2
voies ( IV et orale). L’étude Spesub (1) retrouve 11,6 % d’injecteurs sans
préciser s’il s’agit de mode
d’administration IV uniquement ou des deux modes associés.
ú 1 seul usager sniffe le
Subutex.
Même s’il n’y
a plus d’échange de seringue parmi ces usagers, le problème de la voie veineuse
continue à se poser pour plus d’un quart de la cohorte.
Cette difficulté de la méthode est suffisamment
importante pour justifier un dialogue
systématique à ce sujet à chaque consultation. L’explication patiente et
exhaustive des risques et de la signification
symbolique qui s’attache à cette forme de dépendance finit parfois, même tardivement, par faire arrêter la voie veineuse.
Le praticien
doit donc être convaincant dans la durée, sachant bien que c’est le bon
fonctionnement global de la substitution qui finira par favoriser le passage à
la voie orale; Comme un glissement d’un comportement encore toxicomaniaque vers
un comportement thérapeutique. Le besoin compulsif d’injecter le Subutex doit
faire proposer un changement de stratégie avec proposition de substitution par
méthadone (ce qui a été le cas pour 4 d’entre-eux) ou de sevrage.
SUITE D’UNE
CONCLUSION PROVISOIRE
L’interrogation posée dans notre première
évaluation sur le devenir des personnes
en soins de substitution de ville n’a pas de réponse tranchée.Le doute persiste
sur la solidité de l’étape que constitue la substitution, même si une évolution
socialement favorable a pu se dessiner pour une majorité d’usagers. S’il
fallait définir ce stade comme nous le faisons en général pour d’autres
pathologies graves en médecine, c’est le terme de rémission qui conviendrait le
mieux. L’évolution d’une rémission
étant dépendante de sa qualité et de sa durée, deux variables dont il serait prématuré d’arrêter une échelle
aujourd’hui. Les quelques certitudes que nous avons acquises sont tout de
même de nature à faire progresser la
méthode substitutive et à inspirer le travail de prévention en toxicomanie dans
une perspective humaniste telle que le préconise le Pr Parquet (6).
La toxicomanie
locale vue à travers ces usagers montre une image qui ne correspond pas au
stéréotype connu : essentiellement des hommes, de 30 ans de moyenne d’âge, avec
une formation scolaire courte, mais un travail pour 40% d’entre-eux, une bonne
couverture sociale, des relations familiales souvent difficiles mais rarement
rompues et fréquemment améliorées par la substitution, des traumatismes
psycho-affectifs ressentis assez fréquemment, une autonomie de logement une
fois sur deux, une toxicomanie souvent inférieure à 5 ans, une séropositivité
faible pour le VIH mais six fois plus fréquente pour les hépatites B et C, une
observance thérapeutique et un usage
des soins médicaux pas aussi mauvais qu’on le dit.
Cette méthode substitutive de ville est récente et
perfectible. Son application est encore fortement entâchée et limitée par des
représentations socio-culturelles et juridiques du toxicomane : patient
suicidaire?, patient délinquant ?, patient psychiatrique ?, patient illicite
?...
Le fait même de la réalisation de cette étude de 100
demandes de substitution sur 3 cabinets seulement est démonstrative de la
lenteur avec laquelle s’opèrent des changements en médecine traditionnelle pour
apporter des soins à un trouble comportemental
dont on retrouve pourtant in-extenso la description dans la définition
générale de la maladie par l’OMS : un mal-être physique, psychique et social.
Le bas seuil de la substitution de ville révèle les inconvénients de son
avantage que constituent la disponibilité et la facilité d’accès. Dépourvue de
moyens de contrôle aussi bien en prescription, en délivrance qu’en consommation
et association de consommation, cette méthode, si elle confirme un intérêt
sanitaire et social doit se doter de moyens qui la fiabilisent et la
sécurisent. L’usage du carnet à souches en la matière n’est qu’un système
désuet, héritage direct d’une représentation
culturelle de la toxicomanie morphinique dont a eu à souffrir aussi le
traitement de la douleur dans notre pays. L’association de professionnels
engagés dans les soins aux toxicomanes aura comme travail initial de faire
évoluer ce système de substitution vers plus de cohérence.
Ce que confirme la pratique est que la substitution
peut être un acte de soins au sens large et un acte de prévention en ce qu’elle
évite ou limite les dommages engendrés par l’abus de morphiniques et ses modes
d’administration. Il faut signaler ici l’incohérence médico-légale toujours
d’actualité avec la loi de 1970 qui sanctionne l’usage autant que l’abus de
morphiniques. Hors, la baisse de l’incidence infectieuse ici constatée est bien
le résultat d’un travail de prévention sur la dangerosité des modalités de
consommation de drogues, donc bien une transgression de cette loi,
transgression qui se prolonge d’une certaine façon dans la substitution.
Ce que l’on peut dire aprés 20 mois de consultations
de substitution est que cela constitue bien un espace médical nouveau pour les toxicomanes, un interface entre
deux milieux qui en manquaient singulièrement, une inter-vision sur une
problématique trop longtemps maintenue dans des champs clos, une interaction
possible entre deux domaines où la santé globale peut être un enjeu commun.
Au sein de la
méthode substitutive, la pharmacothérapie par Subutex apparait comme un traitement (heureusement) imparfait du
dysfonctionnement des individus toxicomanes. Cela invite les usagers à
percevoir avec l’aide des intervenants une vulnérabilité propre à chacun qui a
pu favoriser un comportement social inadapté. Cette vulnérabilité reconnue est
un point d’appel vers une possible émergence n
Pour REPSUD 2A, Dr J.F. PIETRI
Références bibliographiques :
(1) SPESUB. Etude pilotée par le Pr Roger Henrion ( 901 toxicomanes
suivis par 101 MG en France penadant 6 mois ) - colloque THS 3 en Déc. 97 à
Nice.
(2) SUBTARES. Etude pilotée par les réseaux de soins en toxicomanie
dans les villes de Paris, Strasbourg, Bordeaux et Nice. ( 160 toxicomanes
suivis par 80 MG.). Résultats partiels présentés au colloque THS 3 en Déc. 97 à
Nice.
(3) Premier bilan Français à 10 mois de substitution par Subute. A
propos d’une thèse dirigée par le Pr. Parquet de Lille. Quot. du Med. 5966 Déc 96.
(4) Observatoire Français des drogues et des toxicomanies : données de
1996. Impact Quotidien N° 1129.nov. 1997.
(5) Bulletin INSEME 5. Evaluation de 10 mois de substitution aux
opiacés en Corse-du-Sud.
(6) Rapport du Pr. Parquet. Pour une politique de prévention en matière
de comportements de consommation de substances psychoactives.Ed CFES. 1997.
|
L |
’avènement des multithérapies antirétrovirales n’a pas
seulement transformé le pronostic à moyen terme de l’infection à VIH. Il a
autorisé l’hypothèse qu’un traitement précoce de l’infection était peut-être en
mesure d’éradiquer le virus, à la condition que ce traitement soit débuté dans
les quelques heures suivant l’exposition. Il a par ailleurs confirmé tout
l’intérêt d’un traitement débuté précocement dans l’histoire naturelle de
l’infection, c’est à dire avant la séroconversion.
Parallèlement
il est d’observation courante que ces multithérapies ne sont pas sans entraîner
de grosses contraintes pratiques pour les patients, et dès lors des difficultés
d’observance.
Enfin
la pratique désormais quasi routinière de la mesure de la charge virale a
permis une plus grande précision dans le suivi thérapeutique, mais aussi une
réévaluation et un progrès du diagnostic précoce de l’infection.
A
ces progrès majeurs, ayant entraîné comme on le sait une diminution
considérable des cas de SIDA à partir de 1996, s’oppose une constatation
particulièrement négative : près de 70 % des nouveaux cas de SIDA déclarés
pendant cette période ne bénéficiaient pas de suivi préalable.
Un
récent rapport** détaille et analyse ces
données et fait des propositions particulièrement intéressantes que nous allons
tenter de résumer.
C’est
bien entendu avant tout la notion de dépistage qui va évoluer à partir des
données énoncées ci-dessus. Ce dépistage reste le moyen pour chacun de
connaître à un moment donné son statut
sérologique. Il reste, également, sur le plan de la prévention primaire,
par le simple fait de l’existence de consultations spécialisées, un élément
primordial de la visibilité de l’épidémie.
Mais
il se situe désormais résolument en relation étroite avec la prévention en général d’une part,
le diagnostic précoce d’autre
part, les possibilités de traitement
après exposition enfin. Le dépistage reste l’occasion et le lieu pour
une certaine population plus ou moins marginalisée d’un accès aux soins
lorsque cette population est concernée par une prise de risque plus diffuse.
1 - La connaissance de son statut sérologique reste
une nécessité pour chacun. Cette information élémentaire demeure la fonction de
base du dépistage. Malgré les progrès réalisés dans le diagnostic de la
séropositivité, le diagnostic de séronégativité doit toujours comporter
l’information sur la période de séroconversion qui est maintenue « à titre
médico-légal » à trois mois.
2 - La visibilité locale de l’épidémie reste l’enjeu
du dépistage et notamment des C.D.A.G. Sous réserves d’y maintenir, voire d’y
promouvoir, des éléments informatifs (entretiens, documents, disponibilité des
intervenants, médiatisation,...) il garde une primordiale fonction dans la
prévention
primaire. Notre expérience locale de C.D.A.G.
fonctionnant sur le même lieu que l’Hôpital de jour, où se déroulent les consultations
VIH, les consultations de prise en charge des U.D.I.V., la possibilité
d’échanges de seringues, celle de trouver des préservatifs gratuits,... vise à
rentabiliser particulièrement cet aspect préventif, à renforcer paradoxalement
l’anonymat des patients de la file active par le flux de séronégatifs possibles
qu’elle l’entretient, à dédramatiser les contacts avec les séropositifs
possibles.
3 - Prévention : le dépistage représente l’occasion
pour le patient d’exposer une rupture dans la conduite de prévention.
C’est donc l’occasion de discuter avec le médecin des facteurs de risque, des
raisons qui ont entraîné cette rupture, des possibilités de réaménagement de
conduite préventive. C’est bien entendu l’occasion d’évaluer, lors d’une prise
de risque récente, l’indication d’un traitement après exposition.
4 - Traitements après exposition : la nouveauté
réside dans le fait que cette exposition n’est plus simplement professionnelle
mais concerne les expositions sexuelles
et parentérales non professionnelles. Cette notion est fondée sur la
possibilité d’éviter l’incrustation du virus - et précisément le parasitage des
lymphocytes CD4 - si un traitement antirétroviral est prescrit dès l’exposition,
ce qui suppose deux conditions :
-
condition de délai : l’intérêt décroît avec le temps. Il est couramment admis
qu’un délai supérieur à 48 heures annule les espoirs d’efficacité
« radicale ». Mais on admet également que cette notion de délai n’est
pas opposable à qui réclame un traitement.
- Condition pharmacologique :
l’administration immédiate d’une trithérapie associant deux analogues
nucléosidiques et une antiprotéase est indispensable.
L’une des nombreuses questions que soulève cette
alternative est l’évaluation du
risque pris : on trouvera ci-aprés les tableaux d’aide à l’évaluation qui nous
sont proposés. Mais l’importance « ressentie » du risque est
manifestement primordiale, et la décision de traiter ou non ne peut venir que
du dialogue.
5 - Diagnostic précoce : il s’agit désormais d’être
en mesure de proposer des moyens diagnostiques dans la phase préséro-logique.
Ces moyens sont mis en oeuvre dans deux circonstances :
-
l’existence de signes cliniques évoquant une primo-infection VIH.
-
L’existence d’une prise de risque majeure et récente (c’est à dire remontant à
moins de deux mois). Dès lors la possibilité de début d’infection à VIH oblige,
en raison de l’impact très important sur le pronostic à moyen et long terme
d’un traitement commencé aussitôt, à mettre en oeuvre des moyens biologiques
supplémentaires : précisément l’antigénémie
P24.
6 - Accès aux soins : il existe une population
relativement importante dont l’accès aux soins est limité par une série
d’obstacles principalement sociaux et/ou culturels (détenus, étrangers en
situation irrégulière,...). Bien souvent les notions de prise de risque
ponctuelle de rupture dans la conduite de prévention, doivent être remplacées
par la notion de « prise de risque
diffus ». Le dépistage représente ici le principal accès aux soins. Il
ne saurait dès lors se restreindre à une sérologie VIH : l’extension possible
du dépistage anonyme et gratuit aux
M.S.T. et aux hépatites prend ici tout son sens. Mais surtout le dépistage
devient ici le lieu du conseil, du soutien, de l’orientation, de l’entretien.
Notre consultation de dépistage située au coeur du
dispositif de soins, se trouve être dans la situation considérée comme optimale
pour la réalisation de ces ambitieuses évolutions. Notre responsabilité en est
évidemment d’autant plus grande. Les éléments ci-dessus exposés on toujours été
traités ici dans la continuité : continuité géographique grâce à l’Unité de
lieu, méthodologique, grâce à la stabilité de l’équipe, chronologique enfin. Le
rapport d’expert ici évoqué est sous-tendu par une nécessité certes ancienne
mais qui est réactualisée par les risques de discontinuité qui naissent de
certaines brutalités traumatisantes : annonce de la séropositivité, annonce de
la nécessité d’un traitement, lourdeur et inconfort occasionnés par ce
traitement dont on ne voit pas la fin..., cette nécessité est celle de l’accompagnement. Elle ne devrait pas
si nous y prenons garde nous prendre en défaut.
Sur le plan pratique,
rappelons que les impératifs ci-dessus nous ont conduit, avec le soutien de
l’administration du Centre Hospitalier d’Ajaccio, à assurer une permanence médicale
en mesure de répondre immédiatement et 24h/24h aux situations d’urgence et notamment
aux accidents avec exposition :
04.95.29.63.30 n
DR. J.François ABINO
Hiérarchisation des risques lors de la mise en
commun du matériel d’injection ou de
la
préparation à partir des
pratiques des UDIV** et des données de la
littérature
|
Pratiques à risque |
Facteurs ä le risque |
Facteurs å
le risque |
|
Haut risque : 1 - Partage de la seringue
+ aiguille. 2 - Partage de la
préparation. Risque intermédiaire, non négligeable : 3 - Réutilisation de la cuillère,
du récipient. 4 - Préparation à partir de
filtre déjà utilisés (« faire les
cotons »). 5 - Partage de l’eau de
dilution, eau de rinçage. |
- Statut sérologique connu
VIH +. - Partage immédiat. - Ordre dans le prélèvement
de la dose : 2nd, 3ème,... - Initiation à l’injection. - Injection dans cadre
collectif : groupes, soirées. - Partenaire de partage
proche fratrie, partenaire sexuel,
ami. |
- Lavage, rinçage avant
utilisation de la seringue du
partenaire : eau, eau de javel 12°, alcool 70°, stérilisation. - Ordre dans le prélèvement
: 1er. - Traitement en cours
du parte- naire avec charge virale
basse. - Nettoyage du reste du
matériel : à l’eau (stérile ou plate),
eau de javel 12°, tampon alcoolisé
70°. |
TABLEAU I d’aprés Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l’infection par le VIH
au Directeur Général de la Santé - Ministère de l’Emploi et de la Solidarité - Novembre 1997.
Facteurs
de risque lors de la mise en commun du matériel d’injection
Analyse des données de la
littérature (J. Emmanuelli RNSP)
|
Pratiques à risque |
Facteurs modifiant le risque, liés à la pratique |
Facteurs modifiant le risque, liés à l’usager |
|
I - Partage
de la seringue pour l’injection (PCR + pour VIH dans 85 % cas dans un shooting galleries Miami, [Shah,
1996, J of Aids]) a) immédiat
(sang frais) b) différé II - Partage
du produit a) de seringue à seringue (frontloading/backloading). b) par le biais d’un récipient commun avec ou non médiation
de la seringue. III -
Réutilisation de l’eau de rinçage et de dilution (PCR + pour VIH dans 67 % des cas de shooting galleries Miami, [Shah,
1996, J of Aids] IV -
Réutilisation de la cuillère ou du récipient de dilution (PCR + pour VIH dans 54 % des cas dans shooting galleries Miami, [Shah,
1996, J of Aids] V -
Réutilisation d’un filtre (« faire les cotons ») (PCR + pour VIH dans 36 % des cas shooting galleries Miami, [Shah,
1996, J of Aids] |
Facteurs d’ä du risque I - Partage de
la seringue - Profil d’injection partenaire (> 1 fois/jour). - Nb d’UDIV présents. - Lieu du Partage (squats, rue, domicile). - Ordre du partage (1er, 2nd,...). - Nb de fois où la séquence d’injection et du partage
se sont produits. - Notion de registring
et de booting antérieur. - Réutilisation d’une seringue souillée dont on ignore
qui l’a utilisée. - Durée de l’intervalle libre entre les
utilisations. II - Partage
du produit - Nb d’UDIV et profil d’injection. - Statut VIH de celui qui prépare le produit. - Ordre dans le prélèvement de la dose. - Nb de fois où l’opération s’est répétée. III - Partage
de l’eau de rinçage et de dilution et de filtre - Nb d’UDIV et profils d’injection. - Ordre dans l’utilisation. - Type d edrogue dont la solubilité dait decroître le
risque d’utilisation d’eau. IV - Type de
produit injecté - Induit le nombre d’injections (crack > cocaïne > amphétamine > héroïne). - Utilisation plus importante de l’eau de dilution
(héroïne > cocaïne > amphétamine). ___________________________________ Facteurs å le risque Lavage de la seringue partagée avant utilisation. Eau non souillée, eau de javel, alcoll 70°,
stérilisation. - Notion de
traitement en cas d’information sur le statut VIH. - Charge virale basse diminue le risque. |
Facteurs d’ä du risque Exclusion
sociale (facteur de
partage) [Donoghoe,
1992, B J of A] : - problème de logement, vie en
collectivité (squats). - problèmes avec la justice, chômage,
problèmes d’argent. - recours médical peu fréquent, pas ou
peu d’utilisation de
préservatif, partenaire sexuel plus
souvent UDIV. - s’injectent plus souvent les premiers
(préséance du pro- priétaire
de la sringue sur le propriétaire du produit). Appartenance
à un réseau social à risque [Neaigus, 1996, J of Aids] - UDIV avec lesquels le sujet s’injecte,
ou a des relations sexuelles. - caractérisé par des UDIV à risque
pour le VIH, s’injectant plus d’une
fois par jour, plus âgés de 10
ans que le sujet, avec des
consommateurs de speedball. Mode
relationnel avec le(s) partenaire(s) de partage - fratrie, partenaire sexuel, ami (mélange du
matériel avec celui d’autres UDIV) Hunt]. |
TABLEAU II d’aprés le Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l’infection par le VIH au Directeur
Général de la Santé - Ministère de l’Emploi et de la Solidarité - Novembre 1997.
Eléments à prendre en compte pour l’évaluation
du risque de transmission sexuelle du VIH
|
Pratiques à risque, par ordre décroissant |
|
Facteurs ä
le risque transmission |
|
1 - Rapport
sexuel anal réceptif partenaire VIH+ Probabilité par acte : 0,005-0,03. (Degruttola, 1989, J Cli Ep) 2 - Rapport
sexuel vaginal réceptif partenaire VIH+/? Probabilité par acte : 0,0003-0.0007. (Downs, 1996, Aids) 3 - Rapport
sexuel vaginal insertif partenaire VIH+/? Probabilité
par acte : 0,0002-0,0005. (Downs, 1996, Aids) Probabilité par acte : 0,0031-0,056. (Mastro, 1996, Aids( 4 - Rapport
sexuel anal insertif partenaire VIH+/? Probabilité par acte : 0,0001-0,0018. (S. Buchbinder, JID
sous presse) 5 - Rapport
sexuel oral réceptif avec éjaculation partenaire masculin ou féminin VIH+/? 6 - Rapport
sexuel oral réceptif sans éjaculation VIH+/? 7 - Rapport
sexuel oral insertif VIH+/? |
|
1 - Stade de
l’infection partenaire : - primo-infection.
Probabilité par acte :
0,1-0,3. - asymptomatique.
Probabilité par acte :
0,001-0,0001. - stade SIDA.
Probabilité par acte :
0,01-0,001. (Jacquez,
1994, Aids) - si SIDA ou CD4 < 200 ou P24, risque transmission multiplié
par 3,1 à 17,6. (Royce,
1997, NEJM) - Charge virale élevée non contrôlée. - Multirésistance aux antiviraux. 2 -
Infection/lésion génitale Chez
l’exposé ä sa susceptibilité : - chancre mou, syphilis, herpès ä risque de 1,5 à 7, gonorrhéa,
chlamydia, trichomonas, infections bactériennes chez la femme ä incidence du VIH. (Royce,
1997, NEJM) Chez le
partenaire ä infectiosité : - infection ä quantité virus dans
sécrétions génitales
chez l’homme et la femme.(Royce) Ectopie du
col de l’utérus : - augmentation risuqe d’infection de 1,7 à 5. 3 - Rapport
sexuel pendant règles : - ä susceptibilité pour femme
(OR 1,5). - ä infectiosité : homme risque
multiplié par 3,4. (Royce) 4 -
Saignement au cours du rapport sexuel: - ä risque de 4,9 pour la
femme. (Royce) 5 - ä l’infectiosité pendant la grossesse : - ä virus dans sécrétions
génitales. (Hénin,
1993, J of Aids) 6 - Premier
rapport sexuel ä NB de rapport sexuel au cours de l’exposition. 7 - Violence
sexuelle (viol). |
TABLEAU 111 d’aprés le Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l’infection par le VIH au Directeur Général
de la Santé - Ministère de l’Emploi et de la Solidarité - Novembre 1997.
PREVENTION PRISE EN CHARGE MEDICALE DE L’INFECTION PAR LE VIH ØØØ
![]()
![]()

FENETRE DE SERO-CONVERSION
![]()
J10 J12 J15 J25 J? J?
J? ØØØ
ARN -VIH ELISA -
WESTERN-BLOT
![]()
![]()
![]()
![]()
![]()
DIAGNOSTIC Précoce
![]()
![]()
![]()
DEPISTAGE
ØØØ
SCHEMA IV. J.F. PIETRI. d’aprés le Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l’infection par le VIH au Directeur Général de la Santé - Ministère de l’Emploi et de la Solidarité - Novembre 1997.
CONSULTATION DE DEPISTAGE ANONYME ET GRATUIT
=
CONSULTATION PRE-TEST +
CONSULTATION POST-TEST
( remise détaillée des
résultats )
CONTENU MINIMUM
DE LA CONSULTATION PRE-TEST
1 -
Le test dépiste des anticorps, ce qui suppose un délai de deux mois.
2 - Y a t-il eu une prise de risques majeurs
depuis moins de deux mois ?
3 - Y a t-il eu un accident d’exposition
depuis moins de 48 heures ?
4 - Souhaitez-vous faire le dépistage des
hépatites B et C ? D’autres M.S.T. ?
5 - La consultation est anonyme et gratuite :
pas de résultats par téléphone ; pas de résultats sans remise du ticket
numéroté.
6 - « En cas de remise de test positif,
il vous sera proposé un bilan plus approfondi et une polythérapie
antirétrovirale, dont on connait désormais toute l’efficacité ».
Cette
anticipation est indispensable pour amorcer une tentative de dédramatisation
d’un rendu « positif ». Elle confirme, en cas de rendu
« négatif », la proximité de l’épidémie.
7 - Questions ? ( du consultant ).
TABLEAU V . Recommandations de CDAG en Hôpital de Jour. Dr. J.F. ABINO.
PREVENIR LA TRANSMISSION
MERE-ENFANT
epuis le début de l’épidémie le principal mode de
contamination des enfants est la transmission materno-foetale. Ce qui pose un
problème médical mais en matière de
prévention également un problème éthique à savoir l’usage de ce savoir. La
position du médecin a qui est exposé un désir ou une demande d’enfant de son ou
sa patiente séropositif (ve) peut s’avérer déterminante à cet égard. Or on observe que cette question de la tmf*
parait être peu abordé dans les médias et la littérature médicale. Peut-être
parceque dans les pays développés il ne concerne que peu d’individus. Environ
600 grossesses sont menées à terme chaque années en France et ce chiffre est
stable depuis le début de l’épidémie. Mais peut-être aussi existe-il une gène à évoquer en public ces
« grossesses en trop » comme l’estiment certains. Et comme le dit Éric Chevalier la femme et
l’enfant sont restés longtemps les oubliés de l’histoire du sida. Ces enfants
sont d’ailleurs souvent qualifiés de «
victimes innocentes du sida » laissant l’inconscient collectif à la fois rendre
les autres victimes responsables voire coupables et également désigner ces
enfants comme des victimes de leurs propres mères. Ces femmes qui prennent le
risque monstrueux d’enfanter des
condamnés à mort et dans tout les cas de futurs orphelins. La seule prévention
efficace est de condamner ces femmes porteuses du VIH à une stérilité de fait,
en les décourageant d’avoir un enfant voire en les incitant à pratiquer une
IVG. Le médecin peut être tenté d’adhérer à ce discours commun des enfants
« victimes » et par là de sortir de sa fonction en s’ingérant
par un certain usage de son
savoir qui fait autorité, dans ce
qui constitue le
désir de ces patients.
Cette
question complexe renvoie en fait
à
toute la réflexion éthique entourant le fameux
« consentement libre et éclairé ».
Les progrès thérapeutiques et biologiques actuels
permettent avec une importante diminution du taux d’enfants naissant contaminés
d’envisager les différentes situations de façon plus acceptable
déontologiquement et éthiquement.
Avoir un
enfant pour un couple vivant avec le VIH,
qu’en est-il en 1998 ?
Il importe aux médecins de connaître et d’évaluer
les difficultés inhérentes à une telle démarche, et d’avoir nourri une réflexion
ou son propre désir n’interfère pas avec celui des patients évitant de céder au
risque de pratique eugéniste.
En matière de transmission materno-foetale le souci
majeur reste l’atteinte de l’enfant, le retentissement de la grossesse sur
l’état de santé de la mère et l’éventuel risque de contamination du
partenaire si le couple est
sérodiscordant.
Du coté de
l’enfant: le risque de transmission de la mère à l’enfant et sa prévention.
u Le risque de tmf*, et donc de maladie pour l’enfant,
est corrélé proportionnellement au taux
des lymphocytes CD4 et de la charge virale maternelle. Le risque d’atteinte de
l’enfant est donc élevé si la maladie de la mère est évoluée. Actuellement il
n’a pu être déterminé aucune valeur seuil pour ces valeurs au- delà desquelles
le risque de tmf serai nul.
En l’état actuel des
connaissances on ne peut donc jamais garantir que l’enfant ne sera pas
contaminé mais déterminer des situations à haut risque et à plus faible risque.
u L’estimation du
risque de tmf montre une nette diminution
en fonction des progrès thérapeutiques, de 28% initialement puis de 8% à 12% avec une monothérapie par
AZT à partir de la 14e semaine de grossesse, et poursuivie chez le
nouveau-né jusqu’à la 6e semaine de vie. Cette thérapeutique est en
décembre 1997 recommandée comme prophylaxie de référence dans le rapport
d’expert présidé par le Pr J.Dormont. Des essais thérapeutiques sont en
cours : addition à l’AZT du 3TC durant le dernier trimestre de la
grossesse ; perfusions de névirapine au moment de l’accouchement
uniquement ou en association avec les traitements prescrits pendant la
grossesse ; poursuite d’un traitement antirétroviral chez le nouveau né.
Rien ne permet d’affirmer quel est le meilleur choix pour un risque de
transmission minimal, mais il semblerait que les essais avancent vite (ceci
sans transiger sur la qualité) et qu’actuellement un risque de 3% à 6% puisse être annoncé courant
1998.
u Le risque de tmf
par passage trans-placentaire du virus VIH est plus élevé au cours du dernier
trimestre de la grossesse et en particulier lors de l’accouchement. Les
recherches actuelles tentent de déterminer les modalités d’accouchement, par
voie basse ou par césarienne, qui présenterait le risque minimal de
transmission virale. Mais de telles
études imposent des cohortes importantes et il parait peu probable qu’elles
puissent un jour aboutir à des résultats significatifs.
u Le risque d’atteinte
serait encore diminué par une prise en charge précoce des enfants contaminés et
la nécessité de traiter tôt, longtemps, objet de controverses jusqu’alors,
commence à devenir consensuelle parmi les pédiatres. La mise en place dès les premiers jours de vie d’associations
thérapeutiques telles que zerit® + epivir® + les nouvelles antiprotéases et
les modalités de surveillance et de
recueil de données font depuis
plusieurs mois l’objet de réflexions au sein d’un groupe de pédiatres
spécialistes. La pratique de tests diagnostiques virologiques précoces ( PCR et
culture virale) de façon systématique
et répétée chez le nourrisson permettra d’obtenir dès le premier mois de vie la
certitude de contamination et donc la
possibilité de traitements précoces et non plus de traitement à visées
préventives chez ces nouveaux nés.
u Pour un enfant né de mère séropositive pour le VIH en 1998 il faudra
attendre encore 12 à18 mois post partum pour affirmer ou infirmer si le virus a
été transmis de la mère à l’enfant. Il est souhaitable de bien informer les
futurs parents de cette insoutenable attente et de les assister dans le courant
de l’année des tests de dépistages
cités précédemment.
u Et l’on doit, ici, souligner une difficulté d’ordre médical et éthique
en raison du manque de données sur la pharmacocinétique, sur la tolérance et la tératogénicité à court et
à long terme des molécules antirétrovirales et de leurs associations.
Tous les Inhibiteurs Nucléosidiques (IN), en dehors de la DDI
comportent un risque de toxicité embryonnaire ou foetale dans les études animales. Tous les IN traversent le
placenta chez les primates. Lors des grossesses survenues alors que la mère
recevait des IN, il n’a pas été décrit de malformations ou de phénomènes
toxiques à court terme chez les enfants, mais les données sont peu
nombreuses.
La
névirapine a été étudiée du point de vue pharmacocinétique après une dose
unique chez la femme enceinte mais il n’existe pas de données après
administrations multiples au cours de la grossesse.
S’agissant
des antiprotéases il n’y a aucune donnée disponible concernant leur tolérance
et leur posologie au cours de la grossesse. Quelques dizaines de cas de
grossesses survenues sous inhibiteurs de protéases sont actuellement
recensés : aucun effet tératogène ou toxique à court terme n’a été
décrit chez l’enfant à ce jour.
La tenue d’un registre des
données et la concertation des différents partenaires médicaux ( obstétricien,
pédiatres, sidénologues, pharmacologues) permet d’espérer des synthèses plus rapidement sur les
risques per partum. Mais il existe de toute évidence un manque de recul à long
terme des effets secondaires chez ces enfants exposés aux traitements au cours
de leur gestation. Il est à noter ici que la connaissance de ces effets
secondaires ne peut se faire que par un suivi régulier des enfants nés de mères
traitées par des antirétroviraux et ceci par des médecins formés à ce suivi et
ce durant la majorité de leur vie ; hors si les enfants contaminés seront
suivis pour la plupart « de fait », ceux-ci risquent de représenter
une cohorte très peu nombreuse et très peu représentative à coté des enfants
non contaminés qui représentent déjà 95% de l’effectif et du fait
même de leur non-contamination échapperont aux structures de soins
spécialisées. Il s’agirait de réfléchir à ces points et d’envisager un registre
de suivi des enfants exposés à l’image de ceux existant pour le suivi des
cancers.
u Ce risque de tmf
est réel en cas d’allaitement maternel, ce dernier est donc formellement contre
indiqué dès lors qu’il existe des possibilités d’alimentation artificielle
accessible et suffisamment convenable pour traiter une dénutrition létale du
nouveau né; donc contre-indiquée en France
mais pas dans le tiers-monde. Là encore les enjeux de la prévention sont
différents en fonction des populations et « des mondes » concernés.
Du coté des parents : les risques pour chacun des partenaires
· On peut
actuellement affirmer que la grossesse n’aggrave pas l’évolutivité de l’infection
par le VIH sauf peut être chez des femmes souffrant déjà d’une infection très
évoluée sur le plan clinique et immunologique. En particulier la charge virale,
facteur pronostic important reste
stable durant la grossesse.
· La grossesse chez
une femme séropositive se déroule « normalement », hormis et cela est
d’importance l’anxiété générée par un tel contexte. Les soignants auront là un
rôle de réassurance à jouer autour de cette femme qui a décidé de mener à terme
cette grossesse et pour cela ils doivent être convaincus de la nécessiter de
respecter ce désir.
La réduction minimale du risque de tmf impose pour
une grossesse dans un contexte de VIH un suivi clinique, biologique (une charge
virale sera pratiquée en particulier en début au cours de la gestation et au
moment de l’accouchement), de même qu’un suivi thérapeutique. Cette prise en
charge médicale maximale peut être
quelques fois ressentie comme trop lourde, par les patients et un soutien psychologique est
toujours préconisé.
En pratique, les problèmes
médicaux et éthiques pour le médecin varient en fonction des différentes
situations cliniques qui peuvent se présenter :
1 - La femme
est séropositive ainsi que son
compagnon.
Le souci majeur est la
contamination éventuelle de l’enfant à venir, ce souci est partagé par la mère
et le père ( si il est présent dans l’histoire) mais également par le médecin.
Il s’agira de définir :
à le risque de
transmission du virus à l’enfant en fonction des connaissances actuelles. Pour
l’instant définir pour chaque cas ce risque parait difficile mais se situe
rappelons le lors d’une grossesse assistée médicalement en moyenne 3% à
6%.
à le suivi et la thérapeutique envisagé. Cette
dernière sera choisie en fonction des essais cités plus haut et de la « logique
antirétrovirale » c’est à dire les thérapeutiques déjà
usitées, et de leur potentiel d’induction de résistance. L’in-térêt d’un
traitement doit être expliqué ainsi que
les résultats positifs attendus, mais aussi et « sans excès » les
effets secondaires connus, les limites et les inconnues qui demeurent.
Sur le plan de la
thérapeutique le problème de
l’apparition de résistances en particulier de résistances croisées est
aujourd’hui crucial et une possibilité de grossesse ultérieure doit être prise en compte lorsque l’on initialise un
traitement antirétroviral à une femme en âge de procréer. Finalement on risque à l’heure actuelle et ceci pour
garantir un risque de transmission virale minimale de la femme à son bébé de
préconiser à une femme séropositive
d’être enceinte rapidement, c’est à dire lorsque son statut immunitaire est conservé et avant une indication
d’antiviraux évitant ainsi les risques de résistances acquises. C’est à
dire à défendre une attitude à l’opposé de celle tenue jusqu’alors mais surtout
à l’opposée de l’éthique médicale et peut être plus simplement du bon sens en incitant à la conception
avant qu’il ne soit émis un désir de grossesse et d’enfant par les patientes,
dans une sorte de contexte d’urgence toujours préjudiciable et ceci pour
garantir la santé de l’enfant.
En règle générale, plus que
dans tout autre demande d’assistance de personnes vivants avec le VIH, il est
souhaitable d’introduire la notion de temps. Un recul s’avère primordial, du
coté du couple pour mûrir ce désir d’enfant, pour intégrer ces
éléments de réalité que constituent les risques de tmf, et parmi les moyens existants de les réduire, de
déterminer ceux acceptables pour ce
couple. Du coté du médecin ce temps sera important pour évaluer l’état de santé
des deux futurs parents les moyens d’actions permettant à ceux-ci de procréer
avec le risque minimum. Il est important que le médecin puisse recevoir,
écouter et orienter ces couples sans émettre a priori d’avis
défavorable.
Une situation particulièrement
délicate est la découverte d’une séropositivité au début d’une grossesse. En effet le début d’une grossesse ne
peut être un moment plus mal choisi pour un test de dépistage et l’annonce
d’une séroposivité. Cette situation doit être prévenue par la proposition d’un test de dépistage avant une grossesse
éventuelle à l’occasion d’une consultation de routine chez le médecin pour une
contraception par exemple et sera un moment approprié à une information individuelle
et détendue de prévention. Encore plus dramatique est la découverte d ’une
séropositivité au moment de l’accouchement ou au décours de ce dernier.
2 - Le couple
est sérodiscordant
La femme est seule séropositive, le souci majeur reste la
non-contamination de l’enfant, mais également la protection du partenaire lors
de la fécondation. Les techniques simples de procréations médicalement
assistées pourraient trouver, ici, une
place assurant la survie du père lui permettant éventuellement d’élever
l’enfant. Il n’a pas semblé acceptable aux participants des premières journées
nationales sur « le désir d’enfants chez les couples VIH sérodifférents »
qui ont eu lieu en mars 1997 à Toulouse, que le corps médical participe
activement dans ces circonstances, à la conception d’un enfant susceptible
d’être contaminé. Rares sont les gynécologues acceptant de procéder à une
insémination artificielle... certains faisant injecter le sperme par le
conjoint... Nul gynécologue n’est de même dans l’obligation de réaliser une IVG
et peut évoquer la clause de conscience. Ces mêmes spécialistes recommandent également
si le couple désire un enfant de tout faire pour éviter la contamination du
conjoint.? Dans ce souci, de tou-
tes les façons il conviendra
de dépister et traiter toutes infections ou inflammations génitales, de
s’assurer de la qualité du sperme et de recommander de n’avoir des rapports non
protégés qu’en phase d’ovulation.
Estimer l’infectiositée
semble ici encore plus essentiel puisqu’il faut protéger à la fois la femme et
l’enfant. Une corrélation certaine a été démontrée en 1997 par Veernazza entre
les taux d’ARN plasmatique et d’ARN séminal ce qui revient à dire que des
patients dont on est certain que la charge virale plasmatique est indétectable
sont quasiment non infectants, environ de 1 contamination pour 1000 rapports
sexuels. Mais il faut ici, rappeler que la « détectabilité » dépend
des techniques de laboratoire et qu’à ce jour le seuil se situe à 200 copies/ml
et que par ailleurs le risque de transmission du VIH par voie sexuelle est
majoré si il existe une urétrite ( celle-ci augmentant la charge virale ARN-VIH
séminale indépendamment ce celle plasmatique). Le traitement préalable du père
par les antiviraux réduit donc le risque d’infectiosité. Ces thérapeutiques ne
semblent pas altérer la qualité du sperme, mais on ignore l’action des
antiprotéases sur la spermatogenèse. Des inséminations artificielles avec
donneur peuvent être proposées; les lois de la bioéthique permettent un don de
sperme dans le but d’éviter la transmission d’une maladie incurable.Il est bien
sûr important de centrer les rapports non protégés sur l’ovulation dûment repérée
( courbe thermique, tests urinaires colorés, échographie). Comme précisé plus
haut la plupart des centres d’assistance médicale à la procréation ne
souhaitent pas intervenir auprès de personnes infectées par le VIH (également
dans un soucis de non contamination des hottes à flux laminaires par du sperme
infecté). Mais des recherches sont en cours sur la séparation du liquide
séminal des spermatozoïdes après avoir déterminé si ceux-ci ne sont pas
contaminés par le virus)....
Actuellement dans le domaine
du désir d’enfant d’un couple vivant avec le VIH et de surcroît sérodifférents,
les attitudes entre les équipes médicales restent aujourd’hui divergentes. Les
progrès techniques et une réflexion éthique permettent d’espérer harmoniser au mieux la prise en charge de
ces couples.
En réalité cette question
n’est pas la même pour ces différents partenaires et donc la façon de
l’appréhender sera différente. L’estimation du risque est du devoir du médecin,
l’acceptation de celui ci vis à vis du désir d’enfant appartient au couple. Pour cela il va être question d’une information, d’une façon de
la transmettre et de la façon dont elle sera entendue. Plus prosaïquement si le
médecin condamne cette grossesse au vue d’une charge virale élevée, d’un
déficit immunitaire maternel sévère induisant une espérance de vie courte,
d’autant plus que cette mère vie seule ou avec un conjoint lui même gravement
atteint sans entourage familial, seule la condamnation risque d’être entendue
par le patient.
Toute la complexité de cette
question montre bien qu’au delà de la prévention du risque de transmission d’un
virus de la mère à son enfant, patients
et médecin se retrouvent entraîner dans une tourmente où chacun tente de se
maintenir.
Le médecin a toujours les
mêmes objectifs, optimiser le suivi thérapeutique de ses patients, les
encourager à ne pas prendre de risques pour leur santé. Il s’agit de les aider
dans la réalité à gérer au mieux les risques.Il ne s’agit bien évidemment en
aucune façon de condamner donc d’exclure un désir d’enfant chez une patiente
séropositive même si ce désir peut donner naissance à un enfant contaminé, même
si cette possibilité est médicalement et humainement difficilement
envisageable. Il s’agit de répondre à la demande d’une femme qui désirant un
enfant, recherche une information sur les risque et les moyens de réduire ceux
ci, le principal étant d’éviter au maximum d’éloigner la femme d’un suivi
médicalisé: ici on n’a pas besoin des médecins pour concevoir un enfant mais
pour le concevoir à moindre risque et pour être guidé pendant la grossesse.
Plus que tout il s’agit d’amener un couple à prendre le temps de la réflexion,
de le ramener vers la réalité d’un enfant éventuellement malade et toujours
dépendant physiquement et affectivement d’eux : ses parents.
Lorsque le cadre d’un suivi
médical a pu se poser, on peut penser que la réduction et la délimitation des
risques encourus par la mère et l’enfant sont de nature à permettre aux parents
d’imaginer et d’investir cet enfant à venir autrement que sous le signe du
virus. La qualité de la relation entre le médecin et ses patients, futurs parents,
doit pouvoir permettre, à ceux-ci de se
frayer un chemin entre le déni du risque et la crainte envahissante d’un enfant
à naître contaminé. Ceci ne peut être que si le médecin a pu situer à sa juste
place ses interventions, laissant cet enfant être non pas l’enfant possiblement
malade mais un enfant qui va naître du
désir du couple. La fonction du médecin si souvent mise à l’épreuve dans ces
situations difficiles et sa nécessaire
délimitation permet par une clarification de ce qui fonde l’acte médical, de
l’alléger d’autant du poids parfois écrasant de la responsabilité dont il se
trouve investi par le corps social, ses patients mais aussi par lui même.
En conclusion la diversité
et la complexité des situations ne peuvent être toutes abordées et en
définitive il appartiendra comme toujours
au médecin et
aux patients de partager une responsabilité quelque soit
la situation sanitaire et sociale du
couple n
Dr. Anne GALEANI
Références bibliographiques
:
- Recommandations :
Premières Journées Nationales sur « le désir d’enfant chez les couples
sérodifférents » 21-22 mars 1997, Toulouse.
- Dormont J., Prise en
charge des personnes atteintes par le VIH, Rapport 1996, Médecine-Sciences
Flammarion, Paris
- Dormont J., Stratégie
d’utilisation des antirétroviraux dans l’infection par le VIH, Rapport 1997,
Médecine-Sciences Flammarion, Paris
- Éric Chevalier., L’Homme
contaminé, La tourmente du sida., Édition autrement 1992
- R Henrion., Désir de grossesse
et VIH., La lettre de la FNCLS., octobre 1997
- A Berrebi et coll., le
désir d’enfants chez les couples sérodifférents., Le Journal du sida., décembre
1997
- Anne Tachet-Buchaillard.,
trois nouvelles applications de la mesure du VIH dans le sperme.,
Transcriptase., novembre 1997
- Ph Parquet.,
L’information: comment est-elle reçue? Responsabilité du discours, les effets
de l’information., Troisième congrès international d’éthique médicale., Paris
mars 1991 Édition Les Actes.
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V |
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Remerciements
L’association INSEME tient à exprimer toute sa
gratitude à Mme Paulette MERLI pour les dons qu’elle a faits en sa faveur
durant l’année 1997. Nous ferons en sorte que les actions qu’elle va favoriser
soient à la hauteur de la générosité et de l’encouragement qu’elle nous a ainsi
exprimés. Nous sommes d’autant plus touchés par ces dons qu’ils sont le fait
d’un membre du corps sanitaire que la retraite n’a pas réussi à isoler du monde
et de ses misères.
* * Précisons qu’il ne sera pas ici question des mesures visant à prévenir les contaminations par voie intraveineuse.
** Diagnostic précoce, traitement antirétroviral après exposition et dépistage de l’infection par le VIH - Rapport du groupe de travail sur le diagnostic précoce de l’infection par le VIH au Directeur Général de la Santé - Ministère de l’Emploi et de la Solidarité - Novembre 1997.
(consultable dans l’Unité d’Infectiologie).
* Usager de drogues intraveineuse
[_1] Précisons qu’il ne sera pas ici question des mesures visant à prévenir les contaminations par voie intraveineuse.